Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les lundis de Louis-Joseph Delanglade - Page 5

  • Le choeur des pleureuses

     

    « Ai-je une gueule à m'appeler Charlie ? Réponds-moi franchement. T'as mal parlé, tu t'es fait plomber. C'est ça la rue, c'est ça les tranchées » : ainsi sexprime dans son dernier album  M. Elie Yaffa, plus connu dans le monde du rap sous le pseudonyme de Booba. M. Pelloux, médecin urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo, celui-là même que lon a vu pleurnicher au creux de l’épaule de M. Hollande après les attentats de janvier, dénonce une apologie du terrorisme quil conviendrait de poursuivre au pénal. M. Booba répond en citant le pape François (« la liberté d'expression n'autorise pas tout et elle doit s'exercer sans offenser »).

     

    M. Booba rappelle une vérité d’évidence : se croire libre de pouvoir tout faire et tout dire en simaginant quil ny aura pas de conséquence relève de lutopie. Les combattants de lislamo-terrorisme nont que faire de nos « valeurs », de notre « humanisme » et de notre hystérie compassionnelle. Ils constituent une armée et, à ce titre, ils ne comprendront quune chose : la force. La liberté, quel que soit lusage, bon ou mauvais, que lon en fait, a des limites. Et lon est vite tenu, face à un ennemi déclaré, davoir à choisir lun des termes de lalternative : se donner ou pas les moyens de se battre pour défendre son existence.

     

    Or, alors que vient en discussion la loi sur le renseignement, certains en dénoncent « les dérives liberticides ». Ainsi, Mme Bazin de Jessey, secrétaire nationale de lUMP (ce nest pas anodin), même si elle reconnaît la légitimité dun surcroît de sécurité, intitule son article du Figaro « Loi sur le renseignement, la surveillance pour tous ». De même, M. Sur, bâtonnier du barreau de Paris (ce nest pas anodin, non plus), même sil se dit favorable, comme la majorité des Français, à une loi qui se limiterait à la lutte contre le terrorisme, reproche à cette loi de sintéresser à lensemble de la criminalité organisée, hors du contrôle du pouvoir judiciaire (France 5).

     

    Bien entendu, on peut discuter la pertinence et lefficacité, et même souligner les dangers pour la vie privée du citoyen, de certaines des mesures envisagées. Mais M. Bilger, pour qui éviter toute dérive nest pas « insurmontable », répond avec justesse quil faut « accepter que lefficacité de la surveillance et de laction, avec les multiples moyens et processus quune modernité sophistiquée a su créer à cette fin, détermine et gouverne la validation par la loi » (Boulevard Voltaire).

     

    De toute façon, l’état de guerre - pas encore décrété mais régulièrement évoqué par les plus hautes autorités de lEtat - suppose admise une limitation drastique des libertés individuelles. On peut geindre et pleurnicher, en se retranchant derrière d’« immortels principes ». Il sera toujours plus sûr de se battre en se donnant les moyens de gagner.  •

  • Sortir de l'impasse

     

    « Il faut sen tenir aux faits. Cela ne veut pas dire que nous soyons daccord sur tout » déclare M. Obama lors de sa rencontre avec M. Castro au Panama. Cest bien cet état desprit, empreint de réalisme, qui semble prévaloir dans les négociations avec lIran, négociations dont lenjeu dépasse le seul problème nucléaire et dont le résultat pourrait changer la donne politique dans toute la région. 

     

    Laccord « définitif » ne devrait pas être signé avant fin juin mais le seul fait quune telle date ait été programmée lors de la réunion de Lausanne sur le nucléaire iranien est déjà un signe. Il faut bien admettre que, quelles que soient leurs motivations, les Etats-Unis dAmérique, puissance impériale encore dominante sans laquelle rien nest possible, donnent limpression de vouloir rebattre les cartes au Proche-Orient. Peut-être exaspéré par lintransigeance israélienne ou la duplicité des royaumes du Golfe, sans doute conforté par une moindre dépendance pétrolière grâce à lexploitation du gaz de schiste, M. Obama souhaite de façon évidente renouer avec lIran, marché potentiel de quatre-vingt millions de consommateurs et contrepoids idéal au bloc arabo-sunnite.  

     

    Bien entendu, cela suppose que les « clients » de l’état perse - Chiites dIrak, du Liban, du Yemen et dailleurs, mais aussi Syrie de M. Assad - bénéficieront, à terme et en tant que tels, du même traitement. Faut-il y voir un paradoxe de la part du pays qui aura le plus œuvrépour mettre à feu et à sang toute une région avec ses interventions militaires répétées en Irak et Afghanistan notamment ? En tout cas, quelle leçon pour nos Fabius, Juppé et consorts, toujours droits dans leurs bottes, imperturbablement accrochéà leur lecture idéologique des événements, prétendant juger du Bien et du Mal, sans considération aucune pour nos intérêts les plus élémentaires ! On ose espérer que notre bien pâlotte diplomatie saura saisir lopportunité qui lui sera ainsi offerte de reconsidérer son modus operandi au Proche-Orient. 

    Alors que perdure le problème posé par lexistence même de lEtat dIsraël et que se durcit lopposition séculaire entre chiites et sunnites, il serait ridicule et dangereux pour la France de prétendre peser de façon décisive sur les événements en cours. En revanche, rien ninterdit à notre diplomatie de se fixer une double ligne de conduite : se tenir à l’écart de toute intervention armée directe dans quelque conflit que ce soit ce qui, jusqu’à présent, naura eu dautre résultat que de nous désigner comme une des cibles privilégiées de lislamo-terrorisme et de favoriser les flux migratoires incontrôlés en Méditerranée; considérer lIran pour ce quil est, cest-à-dire un Etat capable de jouer en faveur dun équilibre régional lui-même propice à la préservation et au développement de nos intérêts commerciaux et énergétiques.  

  • Sommes-nous condamnés au pire ?

     

    Quand une moitié des électeurs potentiels sabstient, on parle de lassitude. Quand un quart de ceux qui expriment une opinion sont victimes du mode de scrutin, on invoque la règle du jeu. Quand le parti au pouvoir connaît une débâcle électorale, on dit quil sagit d’élections locales. Quand le parti victorieux ne représente que le quart de la moitié des électeurs inscrits, on ne dit rien car cela pourrait conduire, en en soulignant la supercherie, à mettre en cause la légitimité même du « système ».

     

    Certes, si on considère ses principaux acteurs, celui-ci peut sembler à bout de souffle. Comme enivrés par leur propre pouvoir collectif sur le pays, au travers dune succession  ininterrompue d’élections vécues comme autant de combats de boxe dont les Français sont les spectateurs de plus en plus indifférents, la plupart des partis politiques français semblent devoir imploser. Que ce soit pour des raisons de fond ou simplement tactiques, lU.M.P. et le P.S., mais aussi E.E.L.V. et peut-être même le F.N., sont, à terme, sous la menace mortifère de clivages internes insurmontables. Certains analystes envisagent même la ré-émergence dun Centre fort regroupant un Centre gauche façon Valls et un Centre droit façon Juppé, dautres le retour dune gauche arcboutée sur son idéologie obsolète ou la constitution dune grande droite enfin « nationale ». Mais on peut surtout craindre que ne perdure un système nullement affaibli par une éventuelle redistribution des cartes politiciennes et qui, au contraire, risque de sen trouver conforté.

     

    En effet, le risque est grand que sautent les dernières digues érigées par la constitution de la Vème République pour limiter au mieux les effets dévastateurs du régime des partis. Déjà, M. Chirac a commis une grave faute politique en affaiblissant la fonction présidentielle par linstitutionnalisation du quinquennat. Même son ami, M. J.-L. Debré, président du Conseil constitutionnel, le reconnaît qui, interrogé sur les ondes de R.M.C. (jeudi 2 avril), se félicite que son propre mandat soit de neuf ans, parce que cela donne du temps et que le temps est important en politique… En fait, cest plutôà dix ans quil aurait fallu passer

     

    Maintenant, certains réclament linstauration de la proportionnelle dans tous les scrutins, y compris les élections législatives. Mais, comme le rappelle régulièrement M. Guaino, celles-ci ont pour finalité politique de dégager une majorité. Si on veut une chambre qui reflète équitablement les diverses sensibilités partisanes, donc élue à la proportionnelle, lalternative est claire : ou ladite chambre conserve les prérogatives de lactuelle et cest le retour garanti dune instabilité chronique, cest-à-dire le chaos; ou ses pouvoirs sont limités (représentation et propositions) ce qui suppose (horresco referens) de privilégier laspect forcément monarchique de la fonction présidentielle.

     

    Cela impliquerait quune « bonne » République fût possible ou, au moins, quune mauvaise (pléonasme?) fût amendable. De Gaulle la peut-être cru, il est sans doute déraisonnable de seulement lespérer.  

  • Postures et idéologie

     

     

    Que na-t-on entendu, cette semaine, à propos de M. Moscovici, ce « braconnier devenu garde-chasse », ce « schizophrène » qui, ayant échoué comme ministre de lEconomie et des Finances, se permet aujourdhui de faire la leçon à la France ! Ceux qui s’étonnent et qui sirritent sont bien naïfs. En effet, comme le rappelle M. Cambadélis, M. Moscovici « est dans son rôle », en cela conforme à larchétype de ces « hauts fonctionnaires » à lesprit mercenaire et euro-mondialiste. En revanche, ce qui nest pas admissible, cest que ses propos (« Leffort de la France nest pas suffisant. La commission sera attentive et exigeante ») constituent en fait un rappel à lordre de Bruxelles. Intolérable pour un Etat prétendument souverain; insupportable pour un pays géo-historiquement irremplaçable dans cette Union plus ou moins à la dérive.

     

    A sa façon, M. Valls aussi donne dans le jeu de rôle qui, de façon répétitive et exagérée, stigmatise le Front National. Dramatiser la prochaine échéance électorale de façon à re-mobiliser un « peuple de gauche » défaillant et/ou à pouvoir se réfugier après un probable échec derrière un « je lavais bien dit » : la ficelle est un peu grosseOn a plutôt limpression que, faute davoir jusqu’à présent pu agir efficacement dans les domaines politique et économique, préférant lâcher la bride à des réformes dites « sociétales » fortement inspirées par lidéologie gaucharde de Terra Nova et concoctées pour la plupart par Mme Taubira, M. Valls gouverne moins le pays quil ne violente la société.

     

    Il y aurait pourtant une bonne nouvelle : la conjoncture serait, paraît-il, meilleure. Outre un pétrole et des taux bancaires étonnamment bas, leuro a fortement baissé face au dollar avec les conséquences que lon sait sur une partie de notre commerce extérieur. Cependant, M. Draghi, à linitiative des mesures prises par la B.C.E., reconnaît les risques « pour la stabilité financière » des pays de la zone euro. De fait, lopération fiduciaire en cours consiste à créer de nouvelles liquidités, purement virtuelles donc bien suspectes. Or, ces mêmes liquidités pourraient bien ne profiter qu’à l’économie financière, créant ainsi une nouvelle bulle, de mille milliards deuros tout de même, avec ses conséquences induites (on connaît la musique). 

    Si on sen tient à la seule France, on peut bien sûr espérer quau contraire l’économie réelle, quelle relève du privé ou du public, profitera de cette nouvelle donne pour redémarrer. Mais la conjoncture pouvant, par définition, changer, il faudrait aussi que des réformes structurelles permettent de pérenniser cette reprise. Retour donc au politique. Cest-à-dire à MM. Valls etHollande. Un nouveau livre à charge (François Bazin, Les Ombres dun président) dévoile un secret de polichinelle : M. Hollande na pas tenu ses « promesses » parce quil en était incapable, surtout sur le plan humain (« un président chewing-gum »). On se permettra de rajouter que, de toute façon, sur le plan politique, ce social-démocrate européiste, confronté à une crise longtemps niée, navait rien à proposer dautre quedattendre que le vent tourne. On peut légitimement craindre que cette façon de faire (ou plutôt de ne pas faire) ne se révèle très insuffisante, donc dangereuse pour lavenir immédiat du pays.  

  • Et l'ennemi est ...

     

    On sait depuis mercredi dernier qu’un peu plus de dix mille militaires vont continuer à sécuriser un peu moins de mille sites dits « sensibles », pour un coût annuel estimé à environ un milliard d’euros. Une fois n’est pas coutume, le quotidien Le Monde, faisant fi de l’omerta de rigueur sur des statistiques risquant d’être qualifiées d’« ethniques », précise qu’en Ile-de-France, ces sites sont « principalement juifs ». Donc, en toute logique, pour savoir contre qui ou quoi on « sécurise », il devrait suffire de déterminer qui s’en prend aux Juifs. 

    Là-dessus, M. Valls proclame fort justement : « Il faut dire la vérité aux Français […] Il faut s'habituer à vivre avec cette menace terroriste ». Cependant, on peut s’étonner qu’il ne veuille voir dans cette dernière que « le fruit d'organisations internationales particulièrement barbares » : l’ « islamo-fascisme » qu’il dénonçait précédemment serait donc importé et trouverait un terreau d’autant plus favorable que certaines « populations » sont « stigmatisées » et victimes d’un véritable « apartheid ». La première responsable de la situation serait donc… la France elle-même. A moins que, et c’est quand même plus vraisemblable, ce ne soit le régime qui la parasite et qui, en l’occurrence, continue de vouloir et de planifier une immigration forcenée, qu’il n’est capable ni de contrôler ni de satisfaire. 

    En tout cas, voilà qui permet à M. Valls d’éviter de dire ce qu’on ne peut pas dire, à savoir que la religion musulmane produit en France, comme ailleurs, une proportion non négligeable de fanatiques sanguinaires - à ne pas confondre certes avec ceux qui ne le sont pas, mais à nommer pour ce qu’ils sont : des musulmans (sans pour cela être taxé d’islamophobie). En donnant ainsi l’impression de ne pas admettre l’existence d’un ennemi de l’intérieur, le chef du gouvernement cultive l’ambiguïté consécutive aux événements de janvier et c’est à bon droit que, vivant dans un pays désormais protégé par la troupe, comme au temps de la guerre d’Algérie, on peut s’interroger sur la capacité de l’Etat à assurer la protection des biens et des personnes quand lui-même reste dans le déni de la réalité.  

    On nous objectera que M. Valls désigne bel et bien un ennemi intérieur, quand il répète à l’envi, dans des réunions publiques précédant les prochaines élections départementales : « Le F.N. est l'adversaire principal de la gauche et du pays ». Si c’est vrai, que ne fait-il donc donner la troupe contre les locaux dudit parti ! M. Valls voue, paraît-il, une grande admiration à Georges Clémenceau. Au vu de ses propos et de ses décisions, il est à craindre que ce ne soit davantage au politicien qu’au chef de guerre que s’adresse cette admiration. Dans les faits, son propre parti étant menacé d’une déroute électorale, elle-même annonciatrice d’une possible implosion, M. Valls trouve plus commode de se défausser sur le « pelé », le « galeux » de service. Jusqu’au prochain attentat et tant que nos soldats seront en capacité de patrouiller dans nos rues ?  

  • Qui sont les gugusses ?

     

    Sachant ce quont donné les interventions « occidentales » en Irak  et en Libye notamment, il nest pas surprenant mais plaisant dentendre les réactions du microcosme politique et médiatique parisien au bref voyage effectué à Damas par quatre parlementaires français. M. Assad étant considéré comme un pestiféré, la condamnation a été sans appel, MM. Valls (« une faute morale ») et Hollande (« une rencontre [] avec un dictateur ») se retrouvant une fois de plus daccord avec M. Sarkozy (« quatre gugusses »). Pourtant, tranchant avec la ridicule désinvolture de lun et la pitoyable moraline des autres, les propos de M. Assad, rapportés par lagence Sana, sont marqués au coin du bon sens :« la lutte anti-terroriste exige une véritable volonté politique et une ferme conviction que ce danger menace tout le monde [] la Syrie a toujours favorisé la coopération entre les pays car elle constitue le meilleur moyen de freiner lexpansion du terrorisme ».  

    En bon petit soldat de la bien-pensance, M. Guetta explique doctement (France Inter, vendredi 27), après une présentation intelligente de la situation, pourquoi il faut persévérer dans une politique dhostilité au régime de M. Assad. Il a bien évidemment raison de souligner que la Syrie est devenue un enjeu stratégique dans la lutte opposant chiites et sunnites. Mais il veut croire que M. Assad nest plus quune sorte de jouet entre les mains de lIran et du Hezbollah. Cest oublier un peu vite que son régime garde la confiance de nombreux sunnites et de toutes les minorités (les alaouites, les chrétiens, les druzes, les kurdes) et quil représente, quon le veuille ou pas, la réalité du pouvoir politique établi à Damas. En fait, quand il évoque un « compromis » entre sunnites et chiites, M. Guetta veut surtout continuer à croire que serait possible une sorte de troisième voie - ouverte par une prétendue opposition éclairée et démocratique - ce qui relève davantage du fantasme (à limage des délires de M. Lévy) que du réalisme politique. 

     

    M. Védrine, rappelant l’évidence (« cest une guerre civile, avec des arguments pour et contre, dans tous les sens ») avait prévenu (RFI, août 2013) qu’« il ny a pas de bonne solution ». Dès lors, et nen déplaise à M. Guetta, mais aussi à MM. Valls, Hollande et Sarkozy, il faut choisir le moindre mal. Il est évident que nous naurions rien à gagner à la disparition du régime alaouite au profit dun régime ouvertement sunnite qui déséquilibrerait un peu plus la région et pourrait constituer un allié supplémentaire des diverses factions de lislamo-terrorisme. Or, comme le dit fort justement M. Girard (Le Figaro, vendredi 27), « la position française est intenable car elle ne prend pas en compte la notion d'ennemi principal »: notre ennemi principal, cest quand même bien celui contre lequel nous dirigeons nos frappes aériennes, celui que, jusque sur notre sol, nous considérons comme une menace justifiant le déploiement de milliers de soldats. 

    Ceux qui, croyant benoîtement au mythe des printemps arabes, ont fait de M. Assad lennemi quil nest pas, ceux-là en vérité sont des gugusses.  •

     

  • L’euro-boulet

     

    La récurrence fortement médiatisée des interrogations, parfois empreintes d’angoisse, sur l’euro est un signe quasi clinique. On relèvera, comme emblématique, le « docu-fiction » diffusé mardi dernier par la chaîne France 5intitulé « Bye bye l’euro ». On en retiendra le point d’orgue : M. Attali pontifiant sur l’apocalypse que déclencherait une sortie de l’euro, alors que lui-même avait, dans unélan de volontarisme idéologique négateur des réalités régaliennes les plus élémentaires, prophétisé avec d’autres un avenir radieux (« L’euro, une chance pour la France, une chance pour l’Europe », Le Monde 28/10/1997). Et on sera évidemment d’accord avec M. Ardinat (Boulevard Voltaire) qui dénonce une « émission militante […] une véritable opération de propagande européiste ».  

    Cependant, même s’il s’agit d’un « reportage anxiogène »qui reprend avec une mauvaise foi évidente « tous les clichés éculés sur la fin de l’euro », cette émission aura eu quelques mérites. D’abord, sa diffusion prouve bien que désormais, et de façon indéniable, l’euro constitue un problème reconnu en tant que tel. Ensuite, il a bien fallu faire une (petite) place à une voix discordante, en l’occurrence celle de M. Sapir qui, même minoritaire, a pu défendre son point de vue. Enfin, on aura compris, malgréles outrances, que renoncer à la monnaie unique ne saurait être une partie de plaisir.

    Prenant l’exemple grec, M. Giscard d’Estaing, malgré tout assez compétent en matière financière et économique, vient d’affirmer que la Grèce doit sortir de l’euro (pour régler ses problèmes grâce àune monnaie désormais dévaluable) et d’expliquer comment elle doit le faire (de manière consensuelle et non conflictuelle). On comprend, en creux, que ce serait aussi l’intérêt des autres pays européens (qui pourraient peut-être alors envisager le recouvrement d’une partie de leurs créances - 55 milliards tout de même pour la seule France, sur un total proche de 250). Certes, la Grèce vient d’obtenir une sorte de sursis (quatre mois) bien fragile tout de même car encore susceptible d’être remis en cause dès cette semaine. Mais tout cela tient à si peu que le bon sens politique commande d’envisager calmement ce que pourraient être les modalités d’une exfiltration réussie.

    D’autant que d’autres pays que la Grèce connaissent de très grosses difficultés. M. Sapir voit déjà dans l’Italie le prochain maillon faible, assez fort toutefois pour poser un problème insurmontable à la zone euro tout entière dès l’été 2015. Donc, l’apocalypse version Attali ? M. Chevènement (Le Figaro, 31/01/2015) est ici dans le vrai qui met en garde contre « un éclatement sauvage de la zone euro ». Ce scénario du pire serait forcément, en ce qui concerne la France, disons-le ici,  le résultat d’une faute politique, celle d’un gouvernement refusant jusqu’au bout de renoncer à son aveuglement idéologique en faveur de la monnaie unique, alors que la sagesse commande de préparer un scénario fondé sur la« concertation entre pays européens et d'abord un accord entre la France et l’Allemagne ».  

  • La confiance ne se décrète pas

    Libre à chacun d’apprécier ou pas la campagne d’affichage de la mairie de Béziers (une affiche représentant un 7,65 semi-automatique avec ce commentaire : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami. »). Pourtant, derrière les critiques adressées à M. Ménard, on perçoit comme l’envie de dénier aux « forces de l’ordre » la légitimité du droit de porter une arme dans un pays où le dernier des voyous d’une « cité » quelconque est en mesure de se balader avec un fusil d’assaut.   

    Les belles paroles et l’emphase indignée de certains médias et politiciens cachent mal en effet leur dépit devant la réalité. Ainsi, dès le 11 janvier, Libérationdénonce une campagne « tapageuse », dernière en date d’une série de mesures toutes qualifiées de« polémiques »-  alors que la plupart relèvent du bon sens le plus élémentaire (par exemple l’interdiction de battre ses tapis par les fenêtres en journée ou le couvre-feu temporaire pour les moins de treize ans). De même,  M. Placé, sénateur écologiste, dénonce une « idée […] stigmatisante ». Stigmatisante ? Pour qui ? 

    La palme à M. Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui déclare que « les meilleurs amis des policiers [sont] les citoyens respectueux des valeurs républicaines.» Outre que l’affiche évoque un « nouvel » et non un « meilleur »ami, M. Cazeneuve semble ignorer que la France est loin d’être peuplée par des « citoyens respectueux ». Il devrait pourtant le savoir : deux jours plus tôt, dès leur arrivée à Marseille, lui-même et M. Valls ont été « salués »à coups de kalachnikov par des citoyens (sans doute des mal élevés) de La Castellane. 

    Quelques jours auparavant, M. Coulibaly agressait des militaires en faction devant le Consistoire israélite de Nice au nom de sa « haine de la France, de la police, des militaires et des juifs » - faisant ainsi écho aux propos tenus par Mme Boumediene, vraie-fausse veuve de son homonyme abattu le 9 janvier lors de l’assaut de l’hyper cacher de la Porte de Vincennes. Le déploiement de dix mille hommes sur l’ensemble du territoire laisse supposer que MM. Coulibaly et Mme Boumediene ne devraient pasêtre des cas isolés. Et que la raison commande de ne faire aucune confiance à ce genre d’individus. 

    Et c’est peut-être bien la question de la confiance que pose cette affaire du port décomplexé d’une arme par les membres de la police municipale de Béziers. Dans une chronique empreinte de regret (France Inter, 10 février), M. Legrand cite la fameuse phrase de Jaurès : « la République est un grand acte de confiance ». Paraphrasant les propos de M. Mitterrand, on pourrait répondre : l’important n’est pas d’avoir confiance, c’est de faire en sorte qu’on ne puisse pas vous tromper

  • Les portes de la guerre et de la paix

    _80846122_025752633-1.jpg

    Fallait-il y aller ? Oui, bien évidemment. Dabord parce quen se déplaçant ensemble, Mme Merkel et M. Hollande ont réaffirmé, une fois de plus, la primauté des Etats sur lUnion européenne - contredisant ainsi les sirènes de la démagogie européiste. Ensuite, parce que laisser la main aux seuls Etats-Unis (M. Kerry a quand même précédé le duo franco-allemand à Kiev) eût été une faute impardonnable. En effet, même si ces derniers continuent de privilégier la voie diplomatique, ils envisagent désormais sérieusement la possibilité de livrer des armes à lUkraine. Certes, il sagirait darmes défensives, mais jusqu’à quand ?

    Il fallait donc faire quelque chose pour éviter lengrenage stupide et catastrophique vers lequel nous pousse laveuglement américain, lequel est, historiquement, à lorigine de lessentiel du problème, la politique de la Russie sur son flanc occidental répondant à linstrumentalisation de lUkraine par les Etats-Unis et à lattitude agressive de lOTAN depuis la fin de lUnion soviétique. Ainsi vient-on dapprendre que lOrganisation a pris de nouvelles mesures dites de « réassurance » de ses pays membres contre lattitude de la Russie (création de six nouveaux centres de commandement et dun nouveau quartier général en Pologne et augmentation de treize à trente mille hommes de la force de réaction rapide « fer de lance ») : on est en plein délire belliciste.

    Cest un fait : la Russie nest pas morte avec lUnion soviétique et elle est moins que jamais décidée à accepter le diktat américain. Se déplacer à Moscou, c’était évidemment reconnaître à M. Poutine une stature que, par ailleurs, on lui dénie depuis des mois, celle de maître du jeu. Le voici donc dans la situation du faiseur de paix ou de guerre. Acceptera-t-il les propositions de Mme Merkel et de M. Hollande (cessez-le-feu, fermeture de la frontière, fédéralisation de lUkraine) ? Peut-être. Dautant que M. Hollande vient daffirmer que la France nest pas favorable à lentrée de lUkraine dans lAlliance atlantique. Comme le dit M. Guetta  (France Inter, vendredi) : « Vladimir Poutine tient aujourdhui loccasion de sortir de cette crise []. Cest dautant moins négligeable pour lui quil pourrait se targuer davoir tenu lOtan à distance et permis à lUkraine orientale dobtenir son autonomie. » Sera-ce suffisant pour que M. Poutine ne pousse pas son avantage plus avant ? Car, malgré la propagande « occidentale », il est évident que la Russie est en position de force.

    M. Orlov, ambassadeur de la fédération de Russie à Paris, nest sans doute pas très éloigné de la vérité quand il déclare à BFM-TV que lobjectif des Etats-Unis « est de ne pas permettre le rapprochement entre lEurope [comprendre « lUnion européenne »] et la Russie ». Un tel rapprochement, en quelque sorte lavènement de la prophétie gaullienne (« lEurope de lAtlantique àlOural »), est tout à fait souhaitable. Il constituerait une avancée remarquable sur le plan géopolitique et serait un facteur de stabilité et sans doute de paix car fondée sur une puissance incontestable. Si le voyage de Moscou favorisait si peu que ce soit cette perspective, ce serait une très bonne nouvelle. 

  • De la République comme modalité

     EQUIPE LFAR Présentation.jpg

    Mardi 27, M. Dumas, accorde un entretien au Figaroà propos de son livre Politiquement incorrect. Quoi quil en dise, on ne saura jamais si lancien président du Conseil constitutionnel a effectivement « sauvé la République en 1995 » en validant les comptes de campagne présidentielle « manifestement irréguliers » de MM. Chirac et Balladur. Ce qui est en revanche plus que plausible, cest quil a alors agi, comme il tient à le souligner, par « esprit républicain ». Ce qui revient à dire que - malgré tous les beaux principes de façade - le système républicain reste à lui-même sa propre finalité : dès lors quon le croit en danger, sa défense transcende tout principe, toute « valeur ». M. Legrand rejoint, au fond, M. Dumas lorsquil évoque, même si cest pour la déplorer, l« aristocratisation des élites républicaines » (France Inter, jeudi 29). Derrière la formule de l’éditorialiste, et sans doute bien malgré lui, on peut comprendre que se cache le non-dit dune caste qui, se perpétuant par auto-reproduction et cooptation, tient le pays grâce à une forme de régime - la République - dont elle tire toute sa puissance. 

    Entretemps, mercredi 28, M. Houellebecq a répondu aux questions de Mme Elkrief (BFM TV). Rappelant curieusement M. Onfray et certains de ses propos tenus il y a quelques mois sur les ondes de RMC, M. Houellebecq - certes de façon moins méthodique, mais cest un romancier, non un philosophe -, tient, devant la journaliste apparemment effarée, un discours pour le coup politiquement incorrect puisquil constitue une véritable remise en cause du credo républicain, « système de valeurs qui arrive à son terme ». Petite citation à lusage de Mme Belkacem et de tous les écoliers de France : « 1789, nest pas le début de lHistoire de France [] La France ne se limite pas à la période de 1789 à nos jours. Cest un vieux pays. » Mais, ce qui mérite d’être particulièrement relevé, cest le distinguo, dune grande pertinence, que M. Houellebecq établit entre la France et la République : « La République est une modalité parmi dautres ». 

    Et si elle n’était justement quune modalité ? Dans son Journal dun écrivain, Dostoïevski parle de « la ténuité des racines qui unissent la République au sol français ». Là pourrait résider lexplication de cette mobilisation quasi permanente de « laristocratie républicaine » - on vient encore den avoir lillustration avec lorchestration de la campagne « Je suis Charlie » - pour défendre une situation jamais acquise. Si la République les appelle, si elle se sent de façon chronique en danger, nest-ce pas parce quelle nest quune greffe étrangère, rejetée de façon récurrente et peut-être même inconsciente par le corps socio-national ? Une sorte de parasite 

    M. Finkielkraut a raison de rappeler régulièrement que l’être profond de la France est « littéraire », les livres jouant chez nous un rôle essentiel. Ceux de Mme Trierweiler et de M. Zemmour, pour différents quils soient, en sont la preuve récente. Avec ceux de MM. Dumas et Houellebecq se trouve posée, de façon indirecte, la question politique de la légitimité du régime républicain.  •

  • Que la France peut et doit manoeuvrer

    301934928.jpg

    MM. Valls et Hollande ne cessent de répéter désormais que nous sommes en guerre et dannoncer une série de mesures. Un domaine, pourtant essentiel, semble oublié: celui de notre politique étrangère. Notre pays est en effet engagé dans une lutte qui sera longue et sanglante, une lutte qui dépasse le cadre de nos frontières, ce qui justifie quon sinterroge sur notre diplomatie. Cest au fond ce que M. Fillon vient de faire lorsquil suggère tout à la fois un rapprochement avec la Russie de M. Poutine et une sorte de rééquilibrage de notre politique au Proche-Orient. 

    A l’évidence, la Russie ne peut qu’être un allié de poids dans la guerre contre lislamo-terrorisme, dans la mesure où, pour avoir été plusieurs fois ensanglantée par la terreur verte (les Tchétchènes musulmans faisant systématiquement preuve dune rare violence), cette guerre fait partie de ses priorités. Anathématiser la Russie au nom de la religion des « Droits de lHomme » constitue une faute dautant plus impardonnable quen fait il sagit simplement de justifier un alignement pur et simple sur les Etats-Unis dAmérique, lesquels, pour des raisons qui leur sont propres, font de la Russie un ennemi stratégique. Ce quelle nest pas pour nous. Aussi ferions-nous mieux de refuser lalternative Russie~Etats-Unis et dentretenir, dans notre propre intérêt, des liens solides avec les deux.

    Quant au Proche-Orient, la France sest embourbée dans une démarche qui la réduit à n’être, là aussi, quun supplétif des errements de la politique américaine. Sil est légitime dentretenir avec le Qatar et lArabie Saoudite des rapports permettant de défendre certains intérêts commerciaux, les liens pour le moins « suspects » de ces deux pays avec notre ennemi avéré, lislamo-terrorisme et son substrat salafiste, devraient nous inciter à retrouver le chemin dune politique étrangère plus raisonnable. Une politique prenant en compte le fait que désormais, et sans doute pour longtemps, le sentiment dappartenir à une islamité sunnite transfrontalière domine et soulève les masses musulmanes, tournant ainsi la page des nationalismes arabes post-coloniaux. 

    Or, il existe dans la région au moins deux pays sans lesquels on ne pourra rien faire et avec lesquels on pourrait faire beaucoup : lIran chiite, contrepoids idéal à linternationalisme sunnite - volontiers terroriste (Al-Qaïda et sa filiale Aqmi, Daesh, Hamas, etc.) -, et la Syrie de M. Assad dont, on le voit bien, la déstabilisation constitue une catastrophe géopolitique et un drame humain pour toutes les « minorités » livrées à tous les excès du fanatisme religieux islamique. Il sagirait moins de sallier avec Damas et Téhéran que de favoriser leur (ré)intégration dans le jeu politique régional. Ce rééquilibrage nous permettrait par ailleurs denvisager àterme de nous désengager militairement dun théâtre dopérations où nous sommes probablement dans une situation sans issue.

    La voie peut paraître étroite, mais une chose est sûre : avoir nommé lennemi  risque de ne pas suffire si on refuse tout rapprochement avec ceux qui ont aussi dexcellentes raisons de le combattre. •

  • La vérité, est-ce (enfin) maintenant ?

    hollande_voeux_afp.jpg

     

    Quelle leur est difficile à admettre et à formuler, la vérité ! Tandis que le dimanche, M. Fabius préfère parler de terrorisme plutôt que dislamisme - trop « stigmatisant » sans doute -, M. Valls reconnaît le mardi que « La France est en guerre contre [] lislamisme radical », illustrant ainsi par ce pléonasme toutes les réticences de la bien-pensance. La vérité est que nous sommes en guerre parce que certains musulmans nous ont déclaré la guerre au nom de lislam.  

    Et M. Valls dajouter : « A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis avec la même force : jamais des mesures d'exception qui dérogeraient au principe du droit et des valeurs ». Si, comme cest probable, cet « état de guerre » intérieure (et extérieure, ne loublions pas) se prolonge, il faudra pourtant bien y venir et cesser de moquer le « Patriot Act » américain qui a dabord le mérite de mettre le salut du pays au dessus de la défense des principes. Quand on mobilise dix mille hommes de troupe armés (pour cela aussi, il en aura fallu du sang et des larmes) sur le territoire national, il est pitoyable de se payer de mots pour satisfaire ligues, partis et associations « démocratiques ».

    A quoi bon, de même, se demander si lislamo-terrorisme de lintérieur est suscité par celui de lextérieur ou sil est « sui generis ». Il est. Les milliers dincidents plus ou moins graves (justifiés ou pas, ce nest pas la question ici) qui ont accompagné le barnum médiatico-politique de lopération « Je suis Charlie » montrent que la jeune génération dorigine afro-musulmane constitue un terreau plus que fertile pour un soulèvement armé pire que celui de 2005. Comme le dit M. Guenaoui, porte-parole du « Collectif démocrate des couleurs de la diversité », établi à Drancy : « La Cocotte-Minute est déjà prête à exploser» (Le Figaro, mercredi 14). M. Bechikh, président de « Fils de France », apporte la seule bonne réponse : « L’éradication des réseaux potentiellement violents doit se faire de manière autoritaire, cest le rôle de l’État, de l’État policier, au bon sens du terme. »

     

    Le chef de lEtat a certes pris quelques décisions. Mais, engagée conjointement dans des opérations extérieures et intérieures, la France doit faire davantage, au prix dune redéfinition de nos budgets et orientations prioritaires. Pour la Défense nationale, par exemple, la baisse des diminutions programmées est ridiculement insuffisante. Quon commence plutôt par affecter à la sécurité de la nation toutes les sommes dilapidées en vain au bénéfice d'associations parasitaires et au confort des élus de la République. Par ailleurs, sans entrer dans le détail (objet dune prochaine note), tout étant lié, notre diplomatie doit obtenir davantage de nos prétendus amis européens (notamment Grande-Bretagne et Allemagne, elles aussi menacées) et (re)nouer avec certains « alliés objectifs » (la Russie, lIran, la Syrie).

     

    La réalité na que faire des principes. La « guerre » se chargera bien de rappeler cette vérité élémentaire à MM. Valls, Hollande et consorts. 

  • Le sujet qui fâche

    gign-en-action-2_0.jpg

    Lattentat contre la rédaction de Charlie Hebdo est venu rappeler à tous ceux qui ne voulaient pas y croire que nul nest à labri, dès lors quexiste, de facto, une sorte d’état de guerre, non assumé jusque là, entre les islamo-terroristes et tous les autres. Les ridicules jérémiades et pleurnicheries qui ont suivi ny changeront rien : au « pays des droits de lhomme », des citoyens sont décidés à faire prévaloir, les armes à la main, leur « logique religieuse ». Leur opposer une autre démarche, quasi religieuse elle aussi puisque fondée sur des tabous (les « valeurs de la République »), nest sans doute pas le meilleur moyen de se protéger. Dautant que lhypocrisie est patente, la plupart de ceux qui ont véhiculé lopération « Je suis Charlie » étant les mêmes qui, il y a quelques semaines, essayaient de faire taire M. Zemmour. Quon le veuille ou pas, se pose en France le problème de lislam, dont les valeurs de civilisation sont manifestement ressenties comme peu compatibles avec les us et coutumes des sociétés européennes.   

    On ne peut, certes, tenir pour assuré le scénario-catastrophe de M. Zemmour. Mais, si on veut éloigner le spectre dune « guerre civile  » entre Français dorigine afro-islamique et Français dits de souche, encore conviendrait-il de manifester dès maintenant la volonté politique de défendre un pays, une terre, une histoire. A défaut, on risque aussi de voir se réaliser le scénario de M. Houellebecq dont la crédibilité repose sur les trop évidentes veulerie et trahison des « élites », dabord politiques. Paradoxe : dans ce cas de figure, lislam apparaîtrait comme une sorte de planche de salut pour un pays complètement vidé de sa substance par  deux siècles de religion démocratique. 

     

    Retour sur terre. Une peur raisonnée et maîtrisée de lislamisation ne signifie pas islamophobie. De très nombreux musulmans, sorte de majorité silencieuse, prouvent tous les jours quils sont daussi bons « Français » que les autres.  Mais limmigration de masse de ces dernières décennies a eu aussi pour résultat incontestable de créer, au sein même du pays, une communauté ressentie, et dabord par elle-même, comme étrangère. Le terrorisme procède de lislamisme, ce dernier prospère dans les mosquées et les prisons mais aussi dans les cités de non-droit : cest bien là que résident la faute et la responsabilité du pouvoir politique dont le devoir est dabord de tarir la source dune immigration ouvertement islamique donc islamisante, et de déclarer la guerre aux islamo-terroristes « français ». 

     

    Quand des armes de guerre, maniées par de véritables combattants, circulent en quantité sur le territoire national, le temps nest plus à la compassion. Dans cette lutte « asymétrique » contre un ennemi dun nouveau type, on ne peut combattre efficacement quen « sanctuarisant » les forces de lordre. Ce qui signifie dabord que leurs équipements et effectifs doivent devenir une priorité budgétaire mais ce qui signifie surtout que leur mission d’éradication doit être réaffirmée au plus haut niveau de lEtat, sans état d’âme « humaniste », pour la seule défense de la France. 

  • Migrations

    3992562-6052160.jpg

     

    M. Hollande vient d’inaugurer le Musée de l’histoire de l’immigration. En reprenant, on s’y attendait, tous les poncifs du politiquement correct. Peu importe que ce musée, ouvert depuis sept ans, ne soit sans doute qu’un « machin informe qui n’a jamais trouvé ni sa destination ni son public, sauf celui des élèves de banlieue qu’on y traîne de force et en rangs par deux » (Mme Delarue, Boulevard Voltaire). Ce qui est plus grave, c’est qu’au lieu de donner à l’immigration-intégration toute sa place dans une Maison de l’Histoire de France digne de ce nom, on ait privilégié un lieu de repentance et de mauvaise conscience : ce n’est pas ainsi qu’on favorisera le fameux « vivre ensemble », bien au contraire.   

    Et pourtant, oui, une certaine forme d’immigration peut être une chance pour la France. Notre Histoire, malgré problèmes et vicissitudes, en est la preuve, depuis ces brillantes individualités que l’Ancien Régime avait su attirer jusqu’aux vagues européennes de la première moitié du vingtième siècle. Mais l’immigration idéologique de masse, concernant des populations culturellement très, voire trop, différentes, voulue et/ou encouragée depuis les années soixante-dix par un patronat apatride, une Eglise universaliste et une classe politico-médiatique soucieuse de bien-pensance, cette immigration-là constitue dans son principe un danger gravissime pour notre pays, dès lors menacé d’un changement de nature.   

    C’est ce que rappelle opportunément la mauvaise querelle faite, à l’initiative de M. Mélenchon, et sur des propos qu’il n’a pas tenus, à M. Zemmour, une nouvelle fois victime d’un déchaînement de haine et d’intolérance. M. Zemmour propose un constat et un rappel historique. Constat : deux peuples coexistent désormais en France, une population d’origine immigrée et essentiellement musulmane et une autre dite « de souche ». Rappel historique : des populations entières (Pieds-Noirs, Allemands) ont été dans un passé récent obligées de (re)passer d’un territoire à un autre. De son constat, M. Zemmour tient pour plus que plausible le scénario d’un affrontement violent - qu’en aucun cas il ne dit souhaiter. De l’Histoire, M. Zemmour laisse entendre que ce qui est arrivé hier peut arriver demain, même si cela lui paraît aujourd’hui irréaliste.   

    Reste heureusement vrai que, dans « beaucoup de villes ou de quartiers […] un mélange harmonieux d’immigrés et de Français de souche, permet une intégration silencieuse mais réelle » (M. Legrand, France Inter) et, paradoxe (?), qu’existent même de nombreux « Français de confession musulmane qui, si l’on prend la peine d’éviter les clichés […] sont monsieur et madame « Tout-Le-Monde » […], heureux de rencontrer une France qui s’aime, une France fière de son histoire, de sa langue, de ses valeurs […] » (M. Bechikh, président de « Fils de France »). S’il est vrai que le désespoir ne saurait tenir lieu de politique, rien n’interdit de penser que, sur ces valeurs-là, non négociables, la vieille nation française trouvera la force de perdurer. 

  • Mistral gagnant ?

      grande-statua_della_guerra-1728x800_c.jpg

     

    Le 8 décembre, prenant comme prétexte les événements dUkraine, le Congrès des Etats-Unis a adopté à une écrasante majorité une résolution invitant  à déclarer la guerre à la Russie. Au-delà de la violence du propos, il sagit là dun signe irrécusable de lhostilité foncière des Américains vis-à-vis de Moscou, toujours considéré comme un ennemi à abattre définitivement et, de toute façon, comme un obstacle dans la perspective de la féroce rivalité sino-américaine qui sannonce.  

    On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à la Russie, on peut sans doute porter sur elle des jugements de valeur - aller jusqu’à la discréditer en ne voulant voir en elle, derrière une façade parfois brillante, quun pays intrinsèquement « barbare ». Mais il est une chose quon ne peut contester, cest quelle est depuis deux ou trois siècles un élément essentiel du rapport de force en Europe. Par conséquent, toute ambition européenne passe forcément aussi par elle et, si on veut bien admettre que lintérêt de la France passe, lui, par une entente, voire une véritable construction européenne, la Russie est un partenaire naturel et nécessaire. Plutôt que de songer à lui déclarer la guerre, il faut donc, de toute évidence la ré-intégrer dans le concert des nations dEurope. 

    Certes, la situation du pays sest dégradée :  depuis un an, la conjonction des « sanctions occidentales » et de la baisse des cours du pétrole cause à la Russie de grandes difficultés financières et commerciales. Le rouble sest déprécié de 40% par rapport au dollar et à leuro et M. Medvedev parle de « dizaines de milliards de dollars » perdus. Cest sans doute le prix à payer pour avoir fort légitimement recouvré la Crimée. Mais le pays en a vu dautres (invasions française et allemande, dictature communiste, etc.) et, comme le dit M. Poutine, il a lhabitude de souffrir et sen est toujours remis. Laccabler, alors même que la situation peut le pousser à une certaine conciliation, constituerait une faute politique grave. 

    Dans cette perspective, on doit considérer comme une bonne chose lentrevue, même rapide, que M. Hollande, au retour du Kazakhstan, a eue avec M. Poutine. On peut, on le doit de toute façon, sentendre avec la Russie qui y semble dailleurs disposée - y compris sur lUkraine.  Allons plus loin : lintérêt de la France et dune véritable Europe ne saurait résider dans un alignement inconditionnel (cest-à-dire une sujétion de fait), sur les directives de lOTAN (cest-à-dire des Etats-Unis dAmérique). 

    Un signe politique fort dans ce sens serait donné par la livraison des deux navires porte-hélicoptères « Mistral », commandés et payés par la Russie avec laquelle, que lon sache, nous ne sommes décidément pas en guerre.   

    Commentaires dans Lafautearousseau