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  • Au pas du canard

    Pas de l'oie à La Havane

     

     

     

    On ne fera croire à personne que Le Canard enchaîné a trouvé, comme par hasard, un beau matin de janvier 2017, les divers documents qui lui ont permis de porter le coup que l’on sait à la candidature de M. Fillon. Celui, celle, ceux qui ont informé l’hebdomadaire satirique l’ont sans doute fait avec l’objectif, en grande partie atteint, de nuire. Certains ont tout de suite pensé à un sordide règlement de comptes entre politiciens de droite. Hypothèse certes crédible. En fait, plombé par cette affaire, M. Fillon pourrait bien ne pas être ce fameux second du premier tour auquel la victoire finale contre Mme Le Pen semble assurée. C’est désormais M. Macron qui a le vent en poupe. 

     

    Il se trouve que ce même M. Macron suscite toujours de fortes sympathies jusque dans les rangs du gouvernement (Mme Royal ne tarit pas d’éloges à son sujet) et peut-être même un peu plus haut : on est donc en droit de se demander si le coup ne viendrait pas plutôt de ce côté-là. On ne peut en tout cas que constater la rapidité avec laquelle la « Justice » s’est saisie de l’affaire, emboîtant le pas du Canard et réagissant illico à chaque nouvelle révélation. Or, aux ordres de la Chancellerie, le Parquet national financier est forcément lié au pouvoir actuel. De plus, créé en 2014, à la suite de « l’affaire Cahuzac », il est dirigé par Mme Houlette, elle-même sous l’autorité du procureur général de Paris, Mme Champrenault - toutes deux nommées par M. Hollande d’après la suggestion de Mme Taubira et avec la bénédiction de Mme Royal.

     

    Pour effacer toute suspicion, le mieux serait que le Canard fasse lui-même preuve de transparence en dévoilant ses sources. Il ne le fera certainement pas au nom de la bien commode déontologie, les journalistes pouvant s’exempter de ce qu’ils exigent de tout un chacun. Ce qui compte, paraît-il, ce sont les faits. Mais qui fait les faits ? Les médias, justement. Parce que, comme l’écrit M. Bilger dans Les citoyens sont des journalistes comme les autres ! : « les "faits" ne constituent pas un socle fixe et incontestable qu’il suffirait au journaliste de transmettre […] ils sont d’une certaine manière, à partir d’un noyau dur souvent infime, construits, élaborés et interprétés. »  

     

    Les médias bénéficiant de subventions publiques et les journalistes d’une niche fiscale, on est en droit d’attendre la plus grande rigueur intellectuelle. La question du fait tel qu’il est présenté se pose avec encore plus d’acuité dans le cas du service public où des journalistes rémunérés (certains, grassement) avec l’argent de tous les Français sont à l’évidence, dans leur très grande majorité, des militants d’idéologie gaucharde qui ne se privent jamais d’instiller leurs idées. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter France Inter, de regarder France 2 (3, 5, etc.). D’ailleurs, dans l’affaire Fillon, tout le service public a marché lui aussi au pas du Canard. On comprend donc que Me Goldnadel ait lancé une pétition contre « la mainmise scandaleuse de la gauche sur l’audiovisuel public ». Ce serait faire justice à tous les Français que de leur proposer avec le service public une information honnête dans ses comptes rendus et équilibrée dans ses commentaires. 

  • Etat de crise

    Palais de l'Elysée, la grille du Coq 

     

     

    Parce qu’elle désigne celui qui régnera temporairement sur la France, l’élection présidentielle a toujours, depuis 1965, constitué le moment clé de notre vie politique, un moment « dramatique » au sens étymologique. Cependant, depuis l’adoption du quinquennat, avec comme conséquence évidente un retour plus rapide de l’échéance, la tendance est incontestablement à une certaine hystérisation. On ne peut nier que cette hystérisation malfaisante est, sinon créée, du moins orchestrée et entretenue par des médias qui y trouvent tout leur intérêt. Ces médias exercent un véritable pouvoir auquel, en vertu d’une sorte de droit divin qui les protégerait, il est interdit de porter atteinte - alors même que la liberté, voire la licence, dont ils jouissent ne leur est garantie que par le pouvoir politique.

     

    L’élection de 2017 sera en tout cas le résultat d’un processus étonnant. Pour la première fois, le président en exercice, candidat « naturel » à sa propre succession, renonce à se représenter : renonciation d’autant plus surprenante qu’elle s’accompagne d’un auto-satisfecit qui permet à certains socialistes de continuer à défendre un bilan désastreux. Pour la première fois aussi, les deux partis de l’alternance organisent tour à tour une élection primaire : les deux vainqueurs sont l’un (M. Fillon) en butte à la suspicion générale, l’autre (M. Hamon) présenté comme le probable fossoyeur de son propre camp; d’où ce paradoxe, peut-être temporaire : les deux candidats les plus fringants, Mme Le Pen et M. Macron, sont hors du jeu politicien bi-partisan traditionnel.

     

    Il est possible, voire probable, que M. Fillon se trouve dans l’obligation de retirer sa candidature au profit d’un candidat désigné directement par le seul appareil partisan des Républicains : de toute façon, M. Macron paraît tout à fait capable d’arriver devant l’un ou l’autre dès le premier tour. Il est probable, voire certain, que M. Hamon conduise le PS à l’échec en ne figurant pas au second tour de la présidentielle : il devra dès lors  se contenter de faire mieux que M. Mélenchon. Dans les deux cas, le barnum médiatique qui a littéralement porté les deux primaires n’aura servi à rien, si ce n’est justement à hystériser davantage la vie politique.

     

    M. Straus-Kahn, à qui la victoire semblait acquise, avait dû renoncer dès 2011 à l’élection de 2012, permettant ainsi à M. Hollande de se retrouver élu par défaut - avec les conséquences que l’on sait. Si, comme le déclare Me Collard (BFM, 1er février), M. Fillon - à qui la victoire semblait aussi acquise - « ne peut pas rester candidat » car il est désormais « dans une position schizophrénique », il en sera de même de l’élu(e) de 2017 dont la légitimité sera forcément minimale. Cette élection constituerait dès lors un nouveau raté de la vie politique française telle qu’elle résulte des jeux du système (quinquennat) et de l’omniprésence des factions (primaires) conjugués à la médiocrité croissante du personnel politicien. Un pas de plus dans la démoralisation générale et la perte du crédit du politique. Un pas de plus vers une véritable crise politique, peut-être même une crise de régime.