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Bilan d’étape

Les « Spetsnaz », les forces spéciales russes  

 

 

La libération d’Alep ne signifie sans doute pas que la guerre qui ensanglante la Syrie est terminée : des forces « rebelles », c’est-à-dire islamistes, contrôlent encore des poches importantes au sud-est et au nord-est; les Kurdes tiennent la quasi totalité du nord. Ce qui est certain, en revanche, c’est que M. Assad est en bonne position, grâce à ses alliés, et singulièrement à la Russie. Et là n’est pas le moindre des paradoxes. Il faut lire ce qu’écrivent, écouter ce que disent sur la Russie, depuis des mois et des mois, les analystes de la bien-pensance médiatique et politique en France (et ailleurs, bien entendu). De dépit, tous, comme le note M. Zemmour, « soulignent à l’envi [ses] échecs économiques » (RTL, 3 janvier). La palme, on s’en doutait, revient à France Inter, « le Vatican de la moraline » (la formule est de M. Onfray) quand M. Guetta, n’en pouvant mais, crache son argument ultime contre la Russie qualifiée avec mépris de « puissance pauvre » (5 janvier).

 

C’est donner le bâton pour se faire battre. En effet, et si les chiffres avancés sont exacts (et sans doute le sont-ils), comment se fait-il qu’une si moyenne puissance - dont le PIB serait celui de l’Italie, voire de l’Espagne, et le budget militaire celui de la France - parvienne à de tels résultats au Proche-Orient ? Il faut bien que la Russie possède certaines « qualités ». Vilipendée, ridiculisée, insultée… elle semble pourtant bel et bien maîtriser la situation dans cette région que les deux interventions étatsuniennes de 1990 et 2003 ont plongée dans le chaos. Un premier élément de réponse semble évident : il existe à Moscou un véritable pouvoir politique qui poursuit, en fonction de ce qu’il pense être l’intérêt de la Russie, un objectif régional. Ce pouvoir politique joue gagnant jusqu’à présent parce qu’il utilise au mieux les échecs et la faiblesse de ses partenaires-adversaires sur le plan international : faiblesse des Américains occupés par leur campagne présidentielle, faiblesse des Européens tétanisés par la religion droit(s)-de-l’hommiste; échec des deux dans leur tentative de faire tomber M. Assad en soutenant sur les plans moral et matériel une opposition stupidement qualifiée de « printanière ».

 

En second lieu, force est de constater que la Russie joue vite et bien sur le plan militaire. Non seulement elle ne se contente pas de simples menaces verbales mais elle engage les moyens nécessaires pour emporter la décision. Mieux, et n’en déplaise à nos stratèges de studio, elle dispose elle aussi et quoique « pauvre », de forces spéciales au remarquable savoir-faire, « des professionnels de haute technologie » (l’expression est de M. Vasilescu), les « Spetsnaz », dont l’infiltration dans les quartiers de l’est d’Alep a été déterminante. Enfin, il paraît évident que la chose est tactiquement pensée et que les annonces concernant cessez-le-feu et négociations visent à maîtriser le temps car il faut « sécuriser les espaces conquis » et « préparer la prochaine offensive majeure », peut-être directement contre l’Etat islamique cette fois (Le Figaro, 2 janvier).

 

Depuis la disparition de l’empire ottoman en 1923, une sorte de malédiction pèse sur un Proche-Orient prétendument libéré. Grande est la responsabilité des puissances occidentales, coupables d’avoir presque toujours agi dans la région selon leurs critères idéologiques, avec l’idée fausse et ethnocentrée d’exporter et d’imposer leurs « valeurs » démocratiques et humanistes. Dernier avatar de cette politique, le chaos syrien. Fort heureusement pour la re-stabilisation de la région, et grâce à l’appui de ses alliés, le pouvoir légitime de Damas semble bien avoir repris la main. La leçon est cinglante pour nous. Sachons au moins l’admettre et considérer que, jusqu’à preuve du contraire, la Russie est désormais « incontournable » - pour finir sur un de ces mots qu’affectionne particulièrement nos chers médias. 

 

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