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  • Sur les chemins de chez nous

     

    Peu importe qui il est. Désireux d’accomplir la promesse qu’il s’était faite sur son lit d’hôpital (« si je m’en sors, je traverse la France à pied »), un jour, il s’est mis en marche. Pas façon Macron, façon chemineau, comme un personnage de Giono. A pied donc, de Tende à La Hague, une belle diagonale du Mercantour au Cotentin, du 24 août au 8 novembre 2015, en empruntant au maximum les chemins les plus improbables, les plus délaissés, les plus retirés de la vraie France profonde. En est résulté un petit livre qui, en contrepoint du récit de cette pérégrination, propose une véritable réflexion sur la France d’aujourd’hui. 

    Fuyant le « clignotement des villes » et méprisant les « sommations de l’époque » (en anglais, comme il se doit à l’ère de la globalisation : « Enjoy ! Take care ! Be safe ! Be connected ! »), le voyageur met en pratique une stratégie de « l’évitement ». Eviter quoi ? Ce qu’il appelle « le dispositif ». D’abord visible à l’œil nu : c’est la France des agglomérations telle que l’ont voulue les « équarrisseurs du vieil espace français », ZAC et ZUP des années soixante ayant enfanté les interminables zones pavillonnaires et les hideuses zones commerciales. Laideur partout. 

    1598006972.jpgCe réquisitoire implacable contre le saccage du territoire rejoint la dénonciation de la mondialisation, cette « foire mondiale » qui ruine un terroir « cultivé pendant deux mille ans ». Aux « temps immobiles » a succédé un « âge du flux » dont le « catéchisme » (« diversité », « échange », « communication ») est véhiculé par l’arrivée d’internet et la connexion généralisée. Temps immobiles : une nuit passée au monastère de Ganagobie (« Les hommes en noir […] tenaient bon dans le cours du fleuve. En bas, dans la vallée, les modernes trépidaient ») ; ou la vision du Mont-Saint-Michel (« C’était le mont des quatre éléments. A l’eau, à l’air et à la terre s’ajoutait le feu de ceux qui avaient la foi »). 

    Faisant sienne la vision de Braudel selon laquelle la France procède d’un « extravagant morcellement » humain et paysager, l’auteur dénonce ensuite le « droit d’inventaire » que s’arrogent  « les gouvernants contemporains », notamment « les admirateurs de Robespierre » qui,  favorables à « une extension radicale de la laïcité », veulent « la disparition des crèches de Noël dans les espaces publics » (et pourquoi pas des milliers de calvaires ?) pour les remplacer par … rien du tout, le néant, la mort. 

    Ce n’est certes pas un livre de propagande, ni un bréviaire idéologique mais bien l’œuvre d’un loup solitaire. Un livre qui peut sembler défaitiste, voire nihiliste (« je me fous de l’avenir »), au mieux nostalgique. Voir dans l’auteur un énième avatar du « bon sauvage » serait pourtant bien réducteur. On l’imagine mieux prêt à « chouanner » (selon le mot de Barbey qu’il rapporte lui-même). C’est sans doute là sa véritable portée : « Sur les Chemins noirs » de Sylvain Tesson est l’œuvre d’un antimoderne de bonne race qui nous aide à retrouver le chemin de chez nous.   

    Sur les chemins noirs. Sylvain Tesson, Gallimard, 144 p., 15 €

  • Open Bar

     

    Voici donc M. Cahuzac condamné à trois ans de prison ferme. Pour justifier la différence de traitement entre les ex-époux Cahuzac, Madame n’ayant écopé que de deux ans alors qu’elle a été partie prenante de la fraude, on parle de « jugement pour l’exemple ». Et tout le monde d’applaudir. Même, et surtout, à gauche où on veut garder les mains propres, oubliant un peu vite qu’ils sont des dizaines et des dizaines (pas seulement au PS, d’ailleurs) à avoir été condamnés ou pris au moins en flagrant délit de faute. La semaine dernière encore, le nouveau ministre de l’Intérieur, M. Le Roux faisait mettre en ligne un C.V. « arrangé » dans lequel il était présenté comme ancien étudiant de l’Essec et de HEC. Ce n’est pas bien grave, dira-t-on, puisque Mme Taubira, une autre pointure tout de même, a pu laisser croire qu’elle avait obtenu des doctorats… fantômes. Tartufferie.

    Cependant l’honneur semble sauf chez les socialistes puisque, telle une victime expiatoire mais consentante, M. Hollande a renoncé à être candidat, enfin conscient que, pour l’essentiel, ses promesses (« Moi, président ») n’ont pas été tenues et qu’il en avait donc menti, lui aussi les yeux dans les yeux, à tout le peuple français. Sauf que ce renoncement pourrait bien lui avoir été imposé par son ex-Premier ministre, immédiatement traité de Brutus par certains, ce qui paraît quelque peu grotesque, mais qui justifierait, à l’approche de la primaire socialiste, le mot d’ordre « Tout sauf Valls ». On voit l’ambiance. Sans doute soucieux de rehausser le niveau, M. Cambadélis vient de limiter les candidats de sa primaire à sept au motif que « ce n’est pas open bar ». Mais avoir choisi l’appellation « Belle Alliance » est peut-être prémonitoire, sachant que Belle-Alliance est un des endroits où s’est déroulée la bataille de Waterloo…

    En tout cas, l’heureux élu de ladite alliance ne manquera pas d’adversaires. C’est même la cohue. Ils étaient sept à la primaire de la droite (et du centre, paraît-il). Il devait n’en rester qu’un. Or les voici au moins trois issus des « Républicains », Mme Alliot-Marie et M. Guaino se proposant de concourir à côté de M. Fillon. Sur leur droite à tous, M. Dupont-Aignan et Mme Le Pen. La gauche ne sera pas en reste. Sont d’ores et déjà en lice, MM. Mélenchon (la gauche de la gauche) et Macron (la droite de la gauche - on est prié de suivre), sans oublier les ineffables mais inévitables trotskistes (deux, trois, tous ?) et l’écologiste de service. Il y aura aussi quelques farfelus et représentants de micro-partis et peut-être d’autres, qui ne se sont pas encore déclarés, surtout au centre du centre, comme M. Bayrou. Voilà qui fait du monde et donne raison à un certain James Freeman Clarke, lequel écrivait dès le XIXe siècle : « La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. »

    L’élection comme raison d’être du politicien. L’« open bar » comme aboutissement inéluctable de la démocratie. Pourrons-nous tomber plus bas ?

  • Les affinités de M. Ayrault

     

    La victoire des troupes syriennes contre les insurgés islamistes d’Alep est désormais plus que probable. La presse n’en finit pas de nous conter le martyre et l’agonie de la ville insurgée, pour mieux critiquer le régime prétendument « barbare » de M. Assad. Cette instrumentalisation de la situation déplorable de la population repose d’abord sur une sorte de déni : toute guerre, a fortiori une guerre civile, génère forcément sont lot d’horreurs et de massacres. Il est de plus évident que l’engagement purement idéologique des pays occidentaux hostiles à M. Assad a favorisé une rébellion islamiste armée et solidement équipée par les puissances sunnites du Golfe, causant ainsi le malheur des populations civiles : il faut être bien naïf en effet pour croire que les soldats loyalistes n’ont en face d’eux, depuis plus de quatre ans, qu’une population désarmée et protégée par quelques volontaires.

    Naïf et pleurnichard, c’est bien l’image que donne de lui notre ministre des Affaires étrangères, M. Ayrault. En accord avec son prédécesseur, M. Fabius, et surtout avec le chef de l’Etat, M. Hollande, il mène dans le dossier syrien une politique, ou plutôt une absence de politique, dont la France risque de payer longtemps les conséquences. Nos « humanistes », se défiant du bon sens pragmatique le plus élémentaire, oubliant ainsi qu’un pays a d’abord des intérêts avant d’avoir des amis, ont poursuivi la politique initiée par MM. Sarkozy et Juppé, à la grande satisfaction de quelques intellectuels de gauche, laquelle se réduit à des formules médiatiques (« M. Assad est le problème, il n’est pas la solution ») ou à des demandes insensées (« M. Assad doit comparaître devant le Tribunal pénal international »). Leur faute à tous est d’avoir pu penser que quelques lamentations humanitaires et autres voeux pieux dans l’air du temps pouvaient suffire : faute de stratégie et de vision d’ensemble, aucun n’a jamais indiqué ce que devrait et pourrait être la politique de la France au Proche-Orient.

    La France fut un temps « puissance mandataire » en Syrie et cela lui a valu de pouvoir continuer à « exister » pendant plusieurs décennies dans la région. Depuis quelques années, nous y avons, comme des imbéciles à la remorque des « printemps arabes », brandi l‘étendard du droit-de-l’hommisme. Aujourd’hui même, M. Ayrault annonce réunir « le 10 décembre prochain à Paris les pays européens, arabes et les Etats-Unis, qui soutiennent une solution politique en Syrie et qui refusent cette logique de guerre totale ». On peut déjà penser qu’il ne sortira pas grand chose de cette conférence anti-Assad. En revanche, devenue sous la houlette de M. Ayrault, « puissance affinitaire », la France est menacée aujourd’hui de relégation diplomatique. En effet, il aura bonne mine, M. Ayrault, lorsque, la guerre civile quasiment terminée, se réunira sans doute une conférence autrement sérieuse, avec Damas et ses alliés, Téhéran et surtout Moscou : la France y sera-t-elle seulement conviée ? Si ce n’était pas le cas, cela entérinerait sa rétrogradation diplomatique et serait à porter au passif, déjà bien lourd par ailleurs, du quinquennat de M. Hollande