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  • Ça suffit ?

    François Hollande à la tribune de l'assemblée générale de l'ONU. | AFP

     

    Depuis bientôt trente ans et la première intervention « occidentale » en Irak, tout semble avoir été fait pour aggraver la situation dans une région déjà largement mise à feu et à sang. Evoquant la Syrie et plus précisément l’Etat syrien, jugé responsable de tous les maux, M. Hollande vient d’affirmer avec force et gravité à la tribune de l’ONU que « ça suffit ». Les mots choisis (« tragédie », « honte », « martyre », etc.) ont pu paraître très durs et sans appel les injonctions (« imposer… assurer… permettre… sanctionner… »). Belle envolée oratoire, donc, de notre chef de l’Etat, mais de pure forme et sans conséquence aucune : n’étant pas en mesure de faire changer d’un iota la situation qu’il dénonce, M. Hollande n’a fait qu’ajouter un discours et des incantations aux « discours » et aux « incantations » dénoncés par lui-même, le même jour, à la même tribune. 

    Rien, si ce n’est l’aveuglement idéologique au sujet des « printemps arabes », ne justifiait de prendre fait et cause contre le régime de M. Assad, comme l’a pourtant fait M. Sarkozy en 2011. Dès lors que la révolte dégénérait en guerre civile sanglante, et au vu de ce qui venait de se passer en Irak, la faute politique était avérée. D’autant que la France ne disposait pas des cartes militaires qui lui auraient permis de jouer un rôle de premier plan. Cela, M. Hollande et ses ministres MM. Fabius et Ayrault, persévérant dans la politique du précédent quinquennat, ont mis du temps à le comprendre. Ces apprentis-sorciers droits-de-l’hommistes ont fait preuve d’un tel manque de réalisme  qu’ils sont à ranger parmi les responsables du chaos syrien. 

    Car les faits sont là, qu’illustre bien la carte des divers fronts dans la Syrie d’aujourd’hui. L’armée syrienne « loyaliste », avant même de pouvoir envisager de se confronter aux autres forces hostiles, qui occupent sans l’aval de Damas une partie du territoire national (Etat islamique mais aussi forces kurdes et armée turque), doit d’abord vaincre, en Syrie occidentale « utile », les diverses unités islamistes coalisées dans le « Jaïch Al Fatah », islamistes desquels les très minoritaires rebelles prétendument « modérés » de l’armée syrienne « libre » sont les alliés objectifs. Le régime syrien est bien le seul à défendre unité et indépendance nationales. 

    De plus, il faut admettre que les puissances impliquées mènent la politique qui leur convient. Pour des raisons religieuses et/ou géopolitiques qui leur sont propres, il semble évident que ni l’Iran ni la Russie ne devraient lâcher leur allié syrien. Parce qu’ils sont en campagne électorale et parce que la région a perdu pour eux de son importance énergétique, les Etats-Unis ne devraient plus s’y impliquer outre mesure et pourraient même s’en désengager progressivement.  

    Cependant, M. Hollande a quand même prononcé ce 20 septembre un discours qui ne fait que souligner les faiblesses et les inconséquences de la France. Il aurait sans doute mieux fait de se taire. Et, oui, de tels propos, ça suffit.  

  • Oser la Défense

     

    Reprenant les propositions des ministres de la Défense allemand et français, M. Juncker, président de la Commission européenne, vient de souhaiter une Défense commune de l’Europe (état-major et ressources militaires communs, fonds d’investissement dans la recherche militaire). Ce nouveau projet de Défense européenne n’est pas sans rappeler la chimérique C.E.D. (Communauté Européenne de Défense), sorte de pilier européen de l’OTAN aux ordres des Etats-Unis, qui a fait long feu dans les années cinquante. Gageons que l’absence d’un pouvoir politique européen, donc d’une politique étrangère commune, devrait être fatale à ce nouvel « espoir ». 

    Quelques jours avant, lors de la récente Université d’été de la Défense, M. Valls s’est montré plus réaliste en affirmant que l’augmentation du budget de la Défense nationale de 1,7 à 2% du PIB, au plus tard en 2025 (selon les recommandations de l’OTAN) constitue un objectif souhaitable et atteignable. On ajoutera qu’il est vital, la Défense nationale étant garante de l’existence même de la nation. Le pouvoir politique, même de gauche, a ainsi fini par admettre que le sous-armement programmé depuis des lustres confine au désarmement, donnant raison au général de Villiers, chef d’état-major des armées pour qui nos forces sont surmenées et usées et leurs moyens matériels insuffisants. On ne peut donc que se féliciter du consensus que révèlent les propos de Mme Adam, présidente socialiste de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, et de son homologue au Sénat, l'ancien premier ministre M. Raffarin 

    Cependant, il conviendrait de ne plus opposer, pour choisir, force nucléaire et forces conventionnelles, et d’investir d’urgence dans les moyens de la guerre asymétrique qui nous menace jusque sur notre territoire. Par ailleurs, pourquoi ne pas être plus exigeant, plus ambitieux ? Pourquoi se caler sur le chiffre et le calendrier de l’OTAN ? Evidemment, un budget encore supérieur (2,5% ?) constituerait un très gros effort financier mais, outre qu’elle fait la guerre (c’est quand même M. Valls, Premier ministre, qui ne cesse de le répéter), la France pourrait y (re)trouver son compte dans d’autres domaines. 

    D’abord, et de façon à peu près certaine, dans le nerf de la guerre lui-même, c’est-à-dire l’argent. Un investissement « militaire » est un investissement souvent productif et rentable car susceptible de retombées industrielles civiles (ce fut le cas dans le domaine nucléaire) et de bénéfices commerciaux très importants (grâce à la vente d’armes sophistiquées). Ensuite, mais ici le conditionnel reste de mise, dans le domaine politique. Nul doute qu’existe un lien entre le recentrage stratégique des Etats-Unis sur la zone Pacifique et les propos de M. Juncker évoqués ci-dessus. Dès lors que l’Union elle-même n’est pas « crédible », la France a l’occasion, en privilégiant son budget Défense, de jouer sa propre carte et de se réaffirmer comme la grande puissance militaire continentale. Le bénéfice serait double au plan européen : rétablir l’équilibre avec une Allemagne forte d’abord de son économie; se montrer plus européenne qu’en s’engageant dans un vain processus de défense intégrée et cornaquée par une OTAN inféodée à Washington.  

    De l’armement comme facteur de prospérité et d’indépendance nationale, mais aussi comme brevet d’européanité… voilà qui ne plaira pas à tout le monde, mais qu’importe. 

  • « Avant que l’Union ne se meure »

     

    C’est la petite remarque faite par M. Guetta (France Inter, mercredi 7) dans sa chronique consacrée à l’attitude offensive de la Commission européenne face à ces géants que sont Apple et Volkswagen. En extase devant tant d’audace, M. Guetta y voit une lueur d’espoir : enfin, la Commission fait de la politique ! Pourtant, si l’intention est peut-être louable, ce sont bien les limites de la Commission et de l’Union qui apparaissent. En effet, simple conseil juridique pour associations de consommateurs dans l’affaire Volkswagen, la Commission se heurte, dans l’affaire Apple, à deux obstacles de taille : l’administration Obama et, surtout, le refus de l’Irlande elle-même de récupérer l’amende de dix-neuf milliards d’euros ! Car l’Irlande a dû faire ses comptes et défend avec Apple son propre intérêt. C’est ainsi. 

    Parce qu’on a cru qu’elle pouvait être, et donc voulu qu’elle soit, autre chose que ce qu’elle est, c’est-à-dire un petit - mais si riche dans tous les domaines - continent fait d’une mosaïque complexe d’Etats (Etats-nations pour la plupart mais aussi et encore Etats multinationaux), l’Europe de l’« Union européenne » reste une sorte de « machin » à moitié viable. Conséquence, l’aspiration souverainiste y est partout grandissante, allant jusqu’à pousser un de ses membres les plus importants, la Grande-Bretagne, dans la voie du « séparatisme ». Quelles calamités n’a-t-on prédites à ces malheureux Britanniques ainsi coupables d’un crime impardonnable ! Pourtant l’Angleterre et ses voisines d’outre-Manche flottent toujours. Et, outre que l’indépendance nationale vaut bien quelques sacrifices, leur pragmatisme les poussera certainement à marchander le Brexit sur la base du donnant donnant. 

    Ailleurs en Europe, le souverainisme prend souvent le visage du populisme - terme paraît-il péjoratif puisque renvoyant à un sentiment évidemment infondé de dépossession au profit des « élites ». Le pays légal, tant politique que médiatique, crie volontiers au loup (populiste) à chaque poussée électorale de la droite non fréquentable - que ce soit en Italie, en Autriche et jusqu’en Finlande. L’Allemagne, elle-même semble touchée, comme le prouve le tout récent succès électoral de l’AfD (« Alternative pour l’Allemagne »). Là, comme en Pologne ou en Hongrie, le rejet décomplexé de l’Islam est évident. Si cette tendance, confortée par l’inquiétude démographique et identitaire, devait se confirmer, vu le poids formidable de la richesse financière et industrielle de l’Allemagne, on pourrait bien avoir des surprises. Bonnes ou moins bonnes, c’est selon. Après tout, il ne faut pas oublier comment a fini la très démocratique, très pacifique et parfois très angélique République de Weimar. 

    En fait, cette Europe dite « de Bruxelles », qui devait nous apporter paix et prospérité, n’en finit pas de susciter un rejet grandissant. L’Union paie son mépris évident pour cette aspiration bien légitime des peuples qui la composent au droit et au devoir de rester soi-même. Elle ne pourra jamais la satisfaire. La véritable Europe, fondée sur l’Histoire et la géographie, la culture et la civilisation, n’est pas à inventer mais à organiser.  n

  • Le treizième travail d’Hercule

     

    L’été aura confirmé l’importance dangereuse, démesurée et anxiogène que revêt la présence de l’islam en France. C’est bien au nom de l’islam, même si certains veulent voir là une sorte d’usurpation, qu’a été perpétré à Nice un assassinat de masse au camion puis qu’a fait polémique une grotesque et ostentatoire tenue de bain féminine. Du coup, voici M. Chevènement impatronisé à la tête d’une « Fondation pour l'islam de France ». Son premier mérite est de ne pas abuser de la langue de bois si chère aux politiciens : « c’est le communautarisme [musulman, bien entendu] qui pose problème » et son corrélat « le multiculturalisme » (Le Figaro, 30 août). Il entend donc prendre toute mesure visant à tarir les financements étrangers (exemple : la taxe « halal ») et à aider tout ce qui ne relève pas du culte proprement dit (exemple : « la formation civique, juridique, linguistique des imams »). 

    En conseillant « la discrétion » aux musulmans, M. Chevènement a peut-être compris le problème de fond que pose l’islam. Si le communautarisme musulman est inacceptable c’est d’abord parce que la communauté musulmane, en tant que telle, est une pièce rapportée. Certes, les Français de confession musulmane devraient pouvoir, c’est souhaitable à titre individuel, se sentir chez eux n’importe où en France, comme les autres, mais l’existence d’une communauté musulmane est proprement insupportable et tout à fait impossible dans le cadre national : partout où elle se manifeste, son caractère étranger est patent. On ne pourra jamais mettre sur le même plan le tintement des cloches de nos églises et les attroupements orientaux autour des mosquées de quartier. 

    On peut pourtant reprocher à M. Chevènement de se référer moins à la France qu’à « la République ». Or, si celle-ci est « une et indivisible », celle-là est riche de ses diversités provinciales, qui n’ont rien à voir avec les antagonismes inconciliables générés par la récente immigration de masse. Cette France-là, la vraie, celle qui se reconnaît dans son Histoire millénaire et dans ses territoires, n’est pas un tissu de prétendus bons sentiments à l’intention de la planète entière. C’est en s’assumant qu’elle pourra accueillir et intégrer une quantité raisonnable d’individus aux racines étrangères. 

    Raisonnable ? M. Chevènement a cru bon de reprendre le nombre de quatre millions de musulmans (INED, 2008) alors que les estimations sérieuses les plus récentes vont de six à neuf millions et que le ressenti des Français est très au-delà : peut-être a-t-il le souci de ne pas les inquiéter davantage. En effet, conjugué à l’ « étrangeté », le nombre favorise le communautarisme. Moins que la foi et/ou la fréquentation de la mosquée, c’est bien l’attachement à l'islam en tant que composante culturelle et historique d’une identité qui doit être retenu comme critère principal. Or cette identité n’est pas individuelle, elle est collective. D’où cette osmose, sur le territoire français, entre beaucoup de Français musulmans et de musulmans étrangers, tous se reconnaissant dans l’« ummat islamiyya », c’est-à-dire la « Nation Islamique ». Celle-ci correspond et correspondra toujours à un projet sociétal et civilisationnel incompatible avec la nation française : se pose bien un problème de double allégeance.

    M. Chevènement s’avoue « inquiet » et ne méconnaît pas les « risques de guerre civile ». Il veut croire cependant que l’émergence d’un islam de France est possible. Pour l’instant, on a plutôt de bonnes raisons d’être sceptique.  •