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  • Le massacre des innocents

     

    La liste s’allonge des victimes de l’islamo-terrorisme. La question que tout le monde se pose est de savoir que faire. Or, la seule chose inadmissible, c’est de se refuser les moyens de se battre contre l’ennemi. De rester, comme le fait M. Hollande, dans la consternation, la condamnation, la déploration, l’incantation, etc., inventant « un état d’urgence proclamé […] un état d’urgence en caoutchouc, où tout ce qui devrait être dur est mou », selon M. Zemmour (R.T.L., jeudi 16). 

    Comme d’habitude, il y a ceux pour qui l’honnêteté intellectuelle passe après les convictions idéologiques. Qui n’a pas entendu à la radio ou à la télévision, lors des mille et un débats sur le sujet, la petite musique du négationnisme ? Ainsi, moins de deux jours après l’assassinat des deux policiers, M. Wieviorka, éminent sociologue de réputation internationale (et très proche du P.S. dont il est un des inspirateurs), distille d’un ton paterne (France 5, mercredi 15) qu’on ne peut associer les mots islam et terrorisme, au motif que ce serait « stigmatiser » toute une communauté. Il n’y aurait donc que des victimes (des jeunes, des homosexuels, des policiers, des journalistes, etc.) au sort desquelles on daigne compatir, sans craindre la contradiction car ces victimes ont bien été ciblées, c’est-à-dire stigmatisées par les tueurs de l’islamo-terrorisme. M. Onfray, mieux inspiré, répond indirectement le lendemain (R.M.C., jeudi 16) qu’existe bel et bien un islam islamiste et terroriste, que le nier revient à nier la filiation entre stalinisme et goulag et que l’islam n’a pas à bénéficier d’un régime de faveur qui l’exonérerait de ses turpitudes. 

    Il y a aussi ceux qui prêchent l’acceptation, si ce n’est la soumission. M. Legrand, après avoir expliqué qu’au fond on ne peut pas faire grand chose, enjoint, dans sa prédication matinale (France Inter, mercredi 15) « à tous les citoyens de prendre sur eux, de décider collectivement de traverser cette épreuve qui reste numériquement moins meurtrière (et de très loin) que les guerres et les révolutions que nous avons déjà vécuesou même les accidents de la route ». Donc, pas la peine de s’inquiéter, ça va passer : c’est la « résilience », nouveau terme à la mode. 

    Le gouvernement va plus loin. Tandis que M. Valls prévient que « d’autres innocents perdront leur vie » pendant encore « dix à vingt ans » (France Inter, mercredi 15), M. Cazeneuve (France 2, mardi 14) rappelle que, si tout doit être fait, il n’est pas question de dépasser la ligne rouge, celle des valeurs de la République. Que chacun sache donc que l’assassin des deux policiers, M. Larossi Abballa, mis sur écoute pendant quatre mois, n’a jamais rien dit qui aurait pu inciter, par principe de précaution, à le mettre hors d’état de nuire. Mais pourquoi donc ces écoutes ? Parce que, déjà connu pour de nombreux faits de droit commun (vol, recel, violences), il avait été condamné à trois ans de prison, dont six mois avec sursis, en 2013 pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes ». Evidemment, maintenant que le RAID l’a liquidé, on ne peut plus l’arrêter. Entretemps, il a tué deux policiers. Mais les valeurs de la République sont sauves : périssent les Français plutôt qu’un principe. 

    Jean-Paul Sartre voyait des coupables partout. En tout cas, la responsabilité et la culpabilité politiques de ceux qui nous gouvernent et de leurs inspirateurs est entière : les autres sont les victimes désignées, et en l’occurrence innocentes, de leurs fautes et de leur idéologie. 

  • L’Euro-guerre

    Violents affrontements, samedi soir, à Marseille sur le Vieux-Port, entre Anglais et Russes 

     

    Entêtement ou fermeté ? L’avenir tranchera mais la France, par la voix de M. Hollande, n’a pas envisagé une seconde de renoncer à l’organisation du championnat d’Europe de football. En plein état d’urgence dûment motivé par le danger terroriste et dans un contexte social agité et violent - sans parler de l’adversité climatique… Il faut dire que l’enjeu est d’importance. On nous promet en effet - outre la victoire de l’équipe de France, deux millions et demi de spectateurs dont une majorité de visiteurs étrangers, presque un milliard et demi d’euros de « retombées économiques » et, surtout, une image de la France plus belle que jamais aux yeux du monde. On pourrait dès lors, comme M. Séguéla, faire des rêves bleus (B.F.M., lundi 6 juin). On doit plutôt faire preuve d’un scepticisme raisonnable. A moins d’être « programmée », la victoire des Bleus n’est pas certaine du tout ; la manne financière attendue couvrira à peine le coût des inondations; quant à l’image de la France, M. Lambert lui-même, président du Comité d’Organisation de l’Euro, la juge (France Inter, vendredi 10 juin) déjà gâchée par l’entassement des ordures et les difficultés dans les transports publics. 

    La vérité est que nous sommes entrés vendredi 10 dans une nouvelle guerre, la guerre du football. Envoyé spécial de La Gazette de France aux Jeux olympiques d’Athènes de 1896, Charles Maurras comprend vite que, loin d’unir, la compétition sportive divise les nations. D’une certaine façon, M. Podalydès, sociétaire de la Comédie française et grand amateur de football, ne dit pas autre chose lorsque, comparant « le commentaire » d’un match au « compte rendu d’une bataille napoléonienne » (La Croix, 9 juin), il affirme : « Ce sont des guerres symboliques que se livrent les clubs et les nations. » 

    Peut-être est-ce pour cela que l’on accorde un crédit disproportionné au moindre geste, au moindre mot de joueurs qui, pour la plupart, malgré leur talent balle au pied, ne brillent pas par leur intelligence et s’expriment souvent comme des voyous, des crétins ou des mégalomanes (est-il besoin de citer des noms ?). Que des multi-millionnaires en culottes courtes puissent être considérés sérieusement pour autre chose que ce qu’ils sont, c’est-à-dire des multi-millionnaires en culottes courtes… qui jouent à la baballe, voilà qui est extravagant et qui permet de juger une époque.  

    Ces joueurs, et c’est grave, sont en effet le reflet de notre société. Un individualisme forcené, jusques et y compris sur le terrain, d’ailleurs, les motive dans le moindre de leurs caprices. Sans doute sont-ils aimés pour cela. Certains gladiateurs étaient peut-être de véritables « vedettes » dans la Rome antique mais ils jouaient leur vie à chaque combat et finissaient, tôt ou tard, par mourir dans l’arène. Et, surtout, on n’attendait d’eux aucun avis, aucune leçon de morale ou de politique. 

    Une guerre et des combattants de parodie. On fait ce qu’on peut. On a ce qu’on mérite. C’est l’époque. « Allez les Bleus quand même », mais sans illusion. 

  • Vincent, François, Paul... et les autres

     

    Les mêmes qui crient à la xénophobie, voire au racisme, dès qu’il est question de l’identité de la nation française, approuvent et favorisent tout ce qui permet à la plus importante des « communautés » d’origine étrangère de cultiver sa différence et son identité. Les mêmes qui pensent que la liberté individuelle, existentielle, de l’être humain n’aurait d’autre limite que son bon vouloir trouvent impensable que l’immigré lambda puisse envisager de choisir librement un prénom « français » au lieu de se crisper sur ses propres racines. 

    Bien entendu, il y a des cas particuliers, des effets de mode et des traditions familiales. Ainsi, Giulia (Sarkozy) n’est pas tout à fait Julie mais peu importe car tout le monde voit bien la quasi similitude et la proximité des deux formes : il arrivera même que certains confondent Julie et Giulia; en revanche, Zohra (Dati) restera encore longtemps perçu comme étranger, voire « stigmatisant » : il ne viendra à l’esprit de personne d’appeler Vénus la petite Zohra. C’est ainsi et les professionnels de l’antiracisme n’y peuvent rien changer. M. Domenach non plus. Il a sans aucun doute raison de faire remarquer (R.T.L., lundi 30 mai) que la plupart des prénoms réputés « français » ont une origine « étrangère ». Et les exemples qu’il donne - Robert, François ou Eric - sont tout à fait probants. Il aurait pu, aussi bien, à côté de ces prénoms d’origine germanique ou scandinave, en citer d’autres, d’origine grecque (Sophie, Stéphane, Théophile, etc.) ou hébraïque (Benjamin, Jacques, Pascal, etc.). 

    Si son argumentation (« Nos prénoms sont souvent des immigrés qui ont commencé par être traités en métèques avant d’être certifiés franco-français, voire sanctifiés. ») reste vicieuse, c’est qu’elle ne prend en compte ni la dimension historique et géographique : la France s’est construite peu à peu, en faisant sienne des apports le plus souvent proches, dans un multi-culturalisme géo-ethnique, les fameuses et si différentes « provinces » de l’Ancien Régime - et on ne sache pas qu’existe une province arabe en France; ni la dimension culturelle et religieuse : le double héritage judéo-chrétien et gréco-romain a toujours été revendiqué et assumé tout au long de l’Histoire par le pouvoir et les « élites » du royaume de France et même de la République.  

    Domenach aurait donc dû rajouter que tous ces prénoms, même les plus méconnus et les plus bizarres, ont reçu la double onction nationale et religieuse au point que les autorités républicaines elles-mêmes les ont validés, jusqu’à très récemment : à preuve le bon vieux calendrier du facteur. Cela lui aurait évité de penser que des prénoms manifestement arabes pourront, sans une véritable révolution culturelle, passer un jour pour ce qu’ils ne sont pas - c’est-à-dire français. Il aurait aussi évité la leçon de M. Zemmour qui lui a répondu avec pertinence (R.T.L., mardi 31 mai) que si le nom de famille inscrit de façon quasi irrévocable l’individu dans une lignée, le choix du prénom permet de mesurer la volonté d’intégrer la nation : ainsi Zemmour signifie-t-il « olivier » en berbère, tandis qu’Eric est un prénom français d’origine scandinave.