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  • No Way

     

    C’est dans la nature des choses : la succession ininterrompue de « tragédies humanitaires » en Méditerranée provoque, dans le petit monde du politiquement correct, une indignation croissante et militante. Mieux vaudrait commencer par les causes : le chaos régional, aggravé, sinon créé, par d’intempestives interventions militaires « occidentales »; la poussée islamiste, qu’elle soit conjoncturelle ou structurelle; la misère paradoxale d’une Afrique noire dont la population croît très (trop ?) vite; mais aussi l’idéologie humanitariste et droit-de-lhommiste qui imprègne l’Europe et la fait apparaître comme un eldorado. 

    Pour l’instant, la sourde hostilité que l’on sent monter un peu partout dans les opinions publiques européennes, semble contenir les velléités des dirigeants politiques. Le bon sens le plus élémentaire commande en effet de ne plus accabler des pays déjà trop généreux mais dont la situation socio-économique est plus que préoccupante. On se propose donc, au plus haut niveau de l’Union européenne, de prendre des mesures de lutte contre le trafic humain, d’attaques ciblées de bateaux, de dissuasion des migrants et…de meilleur accueil des réfugiés. Mais, outre qu’il est contradictoire de continuer à rendre attractive une immigration dont on voudrait par ailleurs tarir la source, l’ensemble est assez irréaliste, dans la durée, pour une union de façade, sans armée et sans  politique étrangère commune. 

    En fait, les pays qui se sentent - et qui sont - menacés sont ceux qui bordent la Méditerranée. Pour ceux-là, et donc pour la France, ce ne sont pas des décisions bruxelloises qui régleront le problème. Il conviendrait plutôt de conclure, au plus vite, des accords de défense d’une grande fermeté avec les Etats du pourtour méditerranéen, européens mais aussi non européens. En effet, les pays d’Afrique du Nord sont les premiers exposés à l’explosion du phénomène migratoire actuel. Pour la France, ce serait une belle opportunité de resserrer ses liens avec le Maroc et la Tunisie, et - pourquoi pas ? - de renouer enfin avec l’Algérie - sur la base d’un intérêt et d’un avenir communs évidents. 

    Il est vain de se poser la question des responsabilités. Le pouvoir politique n’a pas à s’assigner des objectifs moraux. Aider ? Peut-être, mais dans la mesure du raisonnablement possible et certainement pas au détriment de notre sécurité et, à terme, de notre existence même. « Vous ne ferez pas de l'Australie votre maison »: le message adressé par les autorités australiennes aux envahisseurs potentiels est clair, les résultats évidents. Certes, dans ce cas, la géographie facilite bien des choses. Il nous faudrait cependant faire preuve de la même volonté politique. On pourrait commencer par l’abolition du « protocole compassionnel » dénoncé par M. Camus dans Boulevard Voltaire : « Vous voulez en finir avec l’hécatombe en mer ? Traitez les flottes qui se présentent pour ce qu’elles sont : les instruments d’une invasion. » No way !  

     

  • Le choeur des pleureuses

     

    « Ai-je une gueule à m'appeler Charlie ? Réponds-moi franchement. T'as mal parlé, tu t'es fait plomber. C'est ça la rue, c'est ça les tranchées » : ainsi sexprime dans son dernier album  M. Elie Yaffa, plus connu dans le monde du rap sous le pseudonyme de Booba. M. Pelloux, médecin urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo, celui-là même que lon a vu pleurnicher au creux de l’épaule de M. Hollande après les attentats de janvier, dénonce une apologie du terrorisme quil conviendrait de poursuivre au pénal. M. Booba répond en citant le pape François (« la liberté d'expression n'autorise pas tout et elle doit s'exercer sans offenser »).

     

    M. Booba rappelle une vérité d’évidence : se croire libre de pouvoir tout faire et tout dire en simaginant quil ny aura pas de conséquence relève de lutopie. Les combattants de lislamo-terrorisme nont que faire de nos « valeurs », de notre « humanisme » et de notre hystérie compassionnelle. Ils constituent une armée et, à ce titre, ils ne comprendront quune chose : la force. La liberté, quel que soit lusage, bon ou mauvais, que lon en fait, a des limites. Et lon est vite tenu, face à un ennemi déclaré, davoir à choisir lun des termes de lalternative : se donner ou pas les moyens de se battre pour défendre son existence.

     

    Or, alors que vient en discussion la loi sur le renseignement, certains en dénoncent « les dérives liberticides ». Ainsi, Mme Bazin de Jessey, secrétaire nationale de lUMP (ce nest pas anodin), même si elle reconnaît la légitimité dun surcroît de sécurité, intitule son article du Figaro « Loi sur le renseignement, la surveillance pour tous ». De même, M. Sur, bâtonnier du barreau de Paris (ce nest pas anodin, non plus), même sil se dit favorable, comme la majorité des Français, à une loi qui se limiterait à la lutte contre le terrorisme, reproche à cette loi de sintéresser à lensemble de la criminalité organisée, hors du contrôle du pouvoir judiciaire (France 5).

     

    Bien entendu, on peut discuter la pertinence et lefficacité, et même souligner les dangers pour la vie privée du citoyen, de certaines des mesures envisagées. Mais M. Bilger, pour qui éviter toute dérive nest pas « insurmontable », répond avec justesse quil faut « accepter que lefficacité de la surveillance et de laction, avec les multiples moyens et processus quune modernité sophistiquée a su créer à cette fin, détermine et gouverne la validation par la loi » (Boulevard Voltaire).

     

    De toute façon, l’état de guerre - pas encore décrété mais régulièrement évoqué par les plus hautes autorités de lEtat - suppose admise une limitation drastique des libertés individuelles. On peut geindre et pleurnicher, en se retranchant derrière d’« immortels principes ». Il sera toujours plus sûr de se battre en se donnant les moyens de gagner.  •

  • Sortir de l'impasse

     

    « Il faut sen tenir aux faits. Cela ne veut pas dire que nous soyons daccord sur tout » déclare M. Obama lors de sa rencontre avec M. Castro au Panama. Cest bien cet état desprit, empreint de réalisme, qui semble prévaloir dans les négociations avec lIran, négociations dont lenjeu dépasse le seul problème nucléaire et dont le résultat pourrait changer la donne politique dans toute la région. 

     

    Laccord « définitif » ne devrait pas être signé avant fin juin mais le seul fait quune telle date ait été programmée lors de la réunion de Lausanne sur le nucléaire iranien est déjà un signe. Il faut bien admettre que, quelles que soient leurs motivations, les Etats-Unis dAmérique, puissance impériale encore dominante sans laquelle rien nest possible, donnent limpression de vouloir rebattre les cartes au Proche-Orient. Peut-être exaspéré par lintransigeance israélienne ou la duplicité des royaumes du Golfe, sans doute conforté par une moindre dépendance pétrolière grâce à lexploitation du gaz de schiste, M. Obama souhaite de façon évidente renouer avec lIran, marché potentiel de quatre-vingt millions de consommateurs et contrepoids idéal au bloc arabo-sunnite.  

     

    Bien entendu, cela suppose que les « clients » de l’état perse - Chiites dIrak, du Liban, du Yemen et dailleurs, mais aussi Syrie de M. Assad - bénéficieront, à terme et en tant que tels, du même traitement. Faut-il y voir un paradoxe de la part du pays qui aura le plus œuvrépour mettre à feu et à sang toute une région avec ses interventions militaires répétées en Irak et Afghanistan notamment ? En tout cas, quelle leçon pour nos Fabius, Juppé et consorts, toujours droits dans leurs bottes, imperturbablement accrochéà leur lecture idéologique des événements, prétendant juger du Bien et du Mal, sans considération aucune pour nos intérêts les plus élémentaires ! On ose espérer que notre bien pâlotte diplomatie saura saisir lopportunité qui lui sera ainsi offerte de reconsidérer son modus operandi au Proche-Orient. 

    Alors que perdure le problème posé par lexistence même de lEtat dIsraël et que se durcit lopposition séculaire entre chiites et sunnites, il serait ridicule et dangereux pour la France de prétendre peser de façon décisive sur les événements en cours. En revanche, rien ninterdit à notre diplomatie de se fixer une double ligne de conduite : se tenir à l’écart de toute intervention armée directe dans quelque conflit que ce soit ce qui, jusqu’à présent, naura eu dautre résultat que de nous désigner comme une des cibles privilégiées de lislamo-terrorisme et de favoriser les flux migratoires incontrôlés en Méditerranée; considérer lIran pour ce quil est, cest-à-dire un Etat capable de jouer en faveur dun équilibre régional lui-même propice à la préservation et au développement de nos intérêts commerciaux et énergétiques.  

  • Sommes-nous condamnés au pire ?

     

    Quand une moitié des électeurs potentiels sabstient, on parle de lassitude. Quand un quart de ceux qui expriment une opinion sont victimes du mode de scrutin, on invoque la règle du jeu. Quand le parti au pouvoir connaît une débâcle électorale, on dit quil sagit d’élections locales. Quand le parti victorieux ne représente que le quart de la moitié des électeurs inscrits, on ne dit rien car cela pourrait conduire, en en soulignant la supercherie, à mettre en cause la légitimité même du « système ».

     

    Certes, si on considère ses principaux acteurs, celui-ci peut sembler à bout de souffle. Comme enivrés par leur propre pouvoir collectif sur le pays, au travers dune succession  ininterrompue d’élections vécues comme autant de combats de boxe dont les Français sont les spectateurs de plus en plus indifférents, la plupart des partis politiques français semblent devoir imploser. Que ce soit pour des raisons de fond ou simplement tactiques, lU.M.P. et le P.S., mais aussi E.E.L.V. et peut-être même le F.N., sont, à terme, sous la menace mortifère de clivages internes insurmontables. Certains analystes envisagent même la ré-émergence dun Centre fort regroupant un Centre gauche façon Valls et un Centre droit façon Juppé, dautres le retour dune gauche arcboutée sur son idéologie obsolète ou la constitution dune grande droite enfin « nationale ». Mais on peut surtout craindre que ne perdure un système nullement affaibli par une éventuelle redistribution des cartes politiciennes et qui, au contraire, risque de sen trouver conforté.

     

    En effet, le risque est grand que sautent les dernières digues érigées par la constitution de la Vème République pour limiter au mieux les effets dévastateurs du régime des partis. Déjà, M. Chirac a commis une grave faute politique en affaiblissant la fonction présidentielle par linstitutionnalisation du quinquennat. Même son ami, M. J.-L. Debré, président du Conseil constitutionnel, le reconnaît qui, interrogé sur les ondes de R.M.C. (jeudi 2 avril), se félicite que son propre mandat soit de neuf ans, parce que cela donne du temps et que le temps est important en politique… En fait, cest plutôà dix ans quil aurait fallu passer

     

    Maintenant, certains réclament linstauration de la proportionnelle dans tous les scrutins, y compris les élections législatives. Mais, comme le rappelle régulièrement M. Guaino, celles-ci ont pour finalité politique de dégager une majorité. Si on veut une chambre qui reflète équitablement les diverses sensibilités partisanes, donc élue à la proportionnelle, lalternative est claire : ou ladite chambre conserve les prérogatives de lactuelle et cest le retour garanti dune instabilité chronique, cest-à-dire le chaos; ou ses pouvoirs sont limités (représentation et propositions) ce qui suppose (horresco referens) de privilégier laspect forcément monarchique de la fonction présidentielle.

     

    Cela impliquerait quune « bonne » République fût possible ou, au moins, quune mauvaise (pléonasme?) fût amendable. De Gaulle la peut-être cru, il est sans doute déraisonnable de seulement lespérer.