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  • Migrations

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    M. Hollande vient d’inaugurer le Musée de l’histoire de l’immigration. En reprenant, on s’y attendait, tous les poncifs du politiquement correct. Peu importe que ce musée, ouvert depuis sept ans, ne soit sans doute qu’un « machin informe qui n’a jamais trouvé ni sa destination ni son public, sauf celui des élèves de banlieue qu’on y traîne de force et en rangs par deux » (Mme Delarue, Boulevard Voltaire). Ce qui est plus grave, c’est qu’au lieu de donner à l’immigration-intégration toute sa place dans une Maison de l’Histoire de France digne de ce nom, on ait privilégié un lieu de repentance et de mauvaise conscience : ce n’est pas ainsi qu’on favorisera le fameux « vivre ensemble », bien au contraire.   

    Et pourtant, oui, une certaine forme d’immigration peut être une chance pour la France. Notre Histoire, malgré problèmes et vicissitudes, en est la preuve, depuis ces brillantes individualités que l’Ancien Régime avait su attirer jusqu’aux vagues européennes de la première moitié du vingtième siècle. Mais l’immigration idéologique de masse, concernant des populations culturellement très, voire trop, différentes, voulue et/ou encouragée depuis les années soixante-dix par un patronat apatride, une Eglise universaliste et une classe politico-médiatique soucieuse de bien-pensance, cette immigration-là constitue dans son principe un danger gravissime pour notre pays, dès lors menacé d’un changement de nature.   

    C’est ce que rappelle opportunément la mauvaise querelle faite, à l’initiative de M. Mélenchon, et sur des propos qu’il n’a pas tenus, à M. Zemmour, une nouvelle fois victime d’un déchaînement de haine et d’intolérance. M. Zemmour propose un constat et un rappel historique. Constat : deux peuples coexistent désormais en France, une population d’origine immigrée et essentiellement musulmane et une autre dite « de souche ». Rappel historique : des populations entières (Pieds-Noirs, Allemands) ont été dans un passé récent obligées de (re)passer d’un territoire à un autre. De son constat, M. Zemmour tient pour plus que plausible le scénario d’un affrontement violent - qu’en aucun cas il ne dit souhaiter. De l’Histoire, M. Zemmour laisse entendre que ce qui est arrivé hier peut arriver demain, même si cela lui paraît aujourd’hui irréaliste.   

    Reste heureusement vrai que, dans « beaucoup de villes ou de quartiers […] un mélange harmonieux d’immigrés et de Français de souche, permet une intégration silencieuse mais réelle » (M. Legrand, France Inter) et, paradoxe (?), qu’existent même de nombreux « Français de confession musulmane qui, si l’on prend la peine d’éviter les clichés […] sont monsieur et madame « Tout-Le-Monde » […], heureux de rencontrer une France qui s’aime, une France fière de son histoire, de sa langue, de ses valeurs […] » (M. Bechikh, président de « Fils de France »). S’il est vrai que le désespoir ne saurait tenir lieu de politique, rien n’interdit de penser que, sur ces valeurs-là, non négociables, la vieille nation française trouvera la force de perdurer. 

  • Mistral gagnant ?

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    Le 8 décembre, prenant comme prétexte les événements dUkraine, le Congrès des Etats-Unis a adopté à une écrasante majorité une résolution invitant  à déclarer la guerre à la Russie. Au-delà de la violence du propos, il sagit là dun signe irrécusable de lhostilité foncière des Américains vis-à-vis de Moscou, toujours considéré comme un ennemi à abattre définitivement et, de toute façon, comme un obstacle dans la perspective de la féroce rivalité sino-américaine qui sannonce.  

    On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à la Russie, on peut sans doute porter sur elle des jugements de valeur - aller jusqu’à la discréditer en ne voulant voir en elle, derrière une façade parfois brillante, quun pays intrinsèquement « barbare ». Mais il est une chose quon ne peut contester, cest quelle est depuis deux ou trois siècles un élément essentiel du rapport de force en Europe. Par conséquent, toute ambition européenne passe forcément aussi par elle et, si on veut bien admettre que lintérêt de la France passe, lui, par une entente, voire une véritable construction européenne, la Russie est un partenaire naturel et nécessaire. Plutôt que de songer à lui déclarer la guerre, il faut donc, de toute évidence la ré-intégrer dans le concert des nations dEurope. 

    Certes, la situation du pays sest dégradée :  depuis un an, la conjonction des « sanctions occidentales » et de la baisse des cours du pétrole cause à la Russie de grandes difficultés financières et commerciales. Le rouble sest déprécié de 40% par rapport au dollar et à leuro et M. Medvedev parle de « dizaines de milliards de dollars » perdus. Cest sans doute le prix à payer pour avoir fort légitimement recouvré la Crimée. Mais le pays en a vu dautres (invasions française et allemande, dictature communiste, etc.) et, comme le dit M. Poutine, il a lhabitude de souffrir et sen est toujours remis. Laccabler, alors même que la situation peut le pousser à une certaine conciliation, constituerait une faute politique grave. 

    Dans cette perspective, on doit considérer comme une bonne chose lentrevue, même rapide, que M. Hollande, au retour du Kazakhstan, a eue avec M. Poutine. On peut, on le doit de toute façon, sentendre avec la Russie qui y semble dailleurs disposée - y compris sur lUkraine.  Allons plus loin : lintérêt de la France et dune véritable Europe ne saurait résider dans un alignement inconditionnel (cest-à-dire une sujétion de fait), sur les directives de lOTAN (cest-à-dire des Etats-Unis dAmérique). 

    Un signe politique fort dans ce sens serait donné par la livraison des deux navires porte-hélicoptères « Mistral », commandés et payés par la Russie avec laquelle, que lon sache, nous ne sommes décidément pas en guerre.   

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  • Reprendre la main

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    « Mon adversaire, cest le monde de la finance » avait lancé, non sans panache, M. Hollande, lors de sa campagne de 2012. Las ! Force est de constater quencore et toujours, la logique purement financière continue de primer. Témoin, la préférence accordée au « plus offrant », à savoir un consortium chinois, pour le rachat de près de la moitié du capital de laéroport de Toulouse-Blagnac, consortium préféré à un éventuel pacte dactionnaires nationaux. Certes, avec 49,99 %, les Chinois seront minoritaires, 40% appartenant toujours à des actionnaires locaux et 10,01% à lEtat. Certes, M. Macron assure que ce dernier ne se désengagera pas. En fait, outre quelle reste une « option » dont les conditions mériteraient d’être éclaircies, la cession avant 2020 des derniers 10,01% a bel et bien été envisagée. Mais il y a pis : on pense déjà à reproduire « lopération Blagnac » pour dautres grands aéroports, par exemple ceux de Lyon, Marseille ou Nice… En attendant peut-être les ports, les gares, les voies ferrées, les boulevards et les jardins publics. 

    Lannonce de cette vente (même partielle) du site « stratégique » de Blagnac à un investisseur étranger a, et cest heureux, soulevé un tollé. La critique de M. Philippot (« Laéroport de Toulouse doit rester public et français. Le brader à un consortium chinois est une faute grave, dictée par l'absurde austérité ») est dune grande pertinence car elle souligne laveuglement financiariste du gouvernement. Avant tout soucieuse, en effet, de se conformer le plus possible aux impératifs de lUnion, la France cherche désespérément à faire des économies plutôt qu’à profiter des conditions exceptionnelles de financement à taux très bas pour lancer un grand programme dinvestissements « productifs ». Cest-à-dire que nous ne profitons même pas de la situation générée par leuro fort et le « parapluie allemand ». 

    Dans ces conditions, sachant que la monnaie unique nous pénalise autant et plus sans doute quelle nous « protège », on pourrait peut-être envisager sérieusement une forme de sortie de leuro. Les économistes sont divisés sur le sujet : si beaucoup prédisent lapocalypse (dévaluations répétées, appauvrissement des ménages, baisse très importante des salaires et des retraites, etc.), quelques uns, et non des moindres, pensent que, lharmonie fiscale et une politique économique commune restant impossibles, leuro nest de toute façon pas viable et quune solution de compromis relativement équilibrée consisterait à « passer de leuro monnaie unique à leuro monnaie commune » (M. Giraud).  

    Cette mesure aurait le grand mérite dinitier une restauration, au moins partielle, des attributions du politique : les taux de change en interne (entre leuro-franc et les autres monnaies) relèveraient de décisions politiques communes et la B.C.E. devenue simple « bureau de change » serait privée de tout pouvoir de politique monétaire » (M. Gordon, Le Monde diplomatique). LEtat reprenant la main, voilà qui vaudrait mieux que des incantations électoralistes et pourrait aussi nous épargner dautres dérives façon Blagnac.  

     

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  • Baguette magique

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    M. Cameron, à propos de l’immigration, vient tout bonnement de préciser que si « nous [la Grande-Bretagne] ne parvenons pas à modifier de manière plus avantageuse les termes de notre relation avec l’U.E., alors bien sûr je [M. Cameron] n’exclurai rien ». M. Juncker, président de la Commission européenne, reconnaît, lui, et finalement justifie, le dumping fiscal du Luxembourg dont il était le Premier ministre. Ces deux exemples, tout récents, rappellent une fois de plus que, dans l’Europe des vingt-huit, seules pèsent vraiment les prévalences nationales. Serait-ce trop demander que cette réalité soit prise en compte ? Depuis plus d’un demi-siècle, prenant leur désir pour la réalité, les européistes ont parlé de l’Europe comme d’une construction qui allait de soi et qui ne demandait qu’à être achevée. Aujourd’hui, il existe sans doute une « Union européenne » mais on est loin de ce que devrait être une véritable Europe. 

    Ainsi, pour doper les économies des pays de l’Union, alors même que la déflation menace, la Commission européenne propose un plan d’investissement de trois-cent-quinze milliards d’euros. L’ « effet de levier » escompté repose sur une sorte de montage « une astuce », « un mécanisme d’ingénierie financière » (M. Vaudano, Le Monde) : la B.E.I. met cinq milliards, les budgets européens 2014-2020 seize, ce qui fait vingt-et-un. Sur cette base, soixante-trois milliards (soit trois fois plus) sont prêtés à des investisseurs dont on espère qu’ils s’engageront à hauteur des fameux trois-cent-vingt-cinq (c'est-à-dire cinq fois plus). M. Jourdain en fût resté pantois.   

    Cette relance volontariste, assortie pour l’essentiel d’un engagement franco-allemand à mener les réformes et entreprises jugées indispensables, suscite au mieux un enthousiasme mesuré (M. Guetta, sur France Inter : « la seule existence de ce plan consacre la nécessité d’investir dans la relance - une absolue nécessité »), au pis le mépris (M. Heyer, économiste français : « trois fois rien, c’est toujours rien »). On peut bien sûr espérer que ce plan produise au moins une partie des effets escomptés. On peut surtout craindre qu’il ne soit qu’un pétard mouillé. Car, outre que la manoeuvre n’est pas sans présenter risques et inconvénients que la presse spécialisée se plaît à énumérer, va inévitablement se poser le problème du choix des projets et donc la question politique. 

    Seront privilégiés les projets dits « stratégiques », c’est-à-dire les plus rapides, les plus rentables, les plus coopératifs. Belle foire d’empoigne en perspective. Chaque pays cherchera, et c’est bien naturel, à profiter au mieux des éventuels effets positifs de l’opération. Retour donc à la case départ, celle des égoïsmes nationaux, au demeurant fort légitimes. Malgré sa baguette magique, la Commission européenne n’est qu’une « commission » : une « alliance » d’abord politique entre les quelques pays très proches d’Europe occidentale constituerait sans doute une belle et solide avancée.  •

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